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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 23 janvier 2019

Fatima-Zahra Zouhairi a joué le rôle de point d’équilibre dans l’exercice de la balance. Christine Dunphy (à gauche) et d’autres parents ajoutaient du poids au français (à droite) ou à l’anglais (à gauche), selon la langue pratiquée pour chaque mot.



Chez les enfants, l’apprentissage du français et le développement du sentiment d’appartenance à la culture acadienne et francophone sont façonnés en grande partie par les expériences hors école.  De petits gestes peuvent mener loin, comme en ont discuté les parents présents à l’édition «maternelle» du programme Voir Grand, le mercredi 16 janvier à l’école François-Buote. 

Chargée de l’animation, la consultante Diane Ouellette a rapporté que les enfants passent annuellement 25 % de leur temps à l’école.  Dans les programmes d’immersion, 19 % de ce temps est consacré au français, un chiffre qui diminue à 12 % pour l’intermédiaire et 6 % au secondaire.  «Ça n’est pas suffisant si on veut transmettre la langue, et s’assurer que nos enfants la transmettront à leurs propres enfants un jour», constate Mme Ouellette. 

Afin d’illustrer le déséquilibre entre l’anglais et le français au quotidien, l’animatrice a proposé un petit exercice.  Recréant le concept de balance, dix parents armés de mots comme «radio et télé», «voisins» et «activités parascolaires» se sont placés d’un côté ou de l’autre du point d’équilibre.

D’un côté, l’anglais, et de l’autre, le français.  Les parents ont placé les mots en fonction de la langue pratiquée à la maison pour les diverses catégories, par exemple pour les émissions regardées.  L’objectif était de montrer que des petits gestes peuvent finalement avoir beaucoup de poids dans la balance.  «C’est important de faire grandir les 25 % d’exposition en français à l’école en s’assurant que le français soit aussi présent dans le milieu socioculturel», a suggéré Diane Ouellette.


La complexité des familles exogames 

Le couple Mylène Ouellette et Brent Chiasson s’est adressé aux parents dans une vidéo projetée, pour leur faire part de leur expérience en tant que couple exogame.  «Chez nous, c’est un parent, une langue.  La relation affective que j’ai développée avec mon fils s’est vraiment faite en français», témoigne Mylène Ouellette.  Son conjoint renchérit : «Si elle parle en français à nos enfants, je fais attention à ne pas l’interrompre.  Ça arrive que Louis-Gabriel traduise lui-même ce qu’ils viennent de se dire pour que je comprenne», précise Brent. 

L’activité Voir Grand vise non seulement à connaître les défis auxquels sont confrontés les parents, mais surtout à les outiller pour faire une plus grande place au français dans leur vie.  Si c’est déjà compliqué pour les couples francophones vivant dans des milieux anglophones de l’Île, ça l’est encore plus quand l’un des parents, ou même les deux ne parlent pas français.  C’était le cas de plusieurs familles qui ont assisté à la soirée, comme celle de Josh Nicholl. 

«On voulait apprendre ce que l’école a à offrir, pour éventuellement aller dans des activités en français», explique le père en anglais.  Lui-même a participé à un programme d’immersion francophone à l’adolescence, mais les acquis sont bien loin aujourd’hui.  En envoyant leur enfant dans une garderie tenue par une Québécoise lorsqu’il était en Alberta, le couple ne se doutait pas que cela ramènerait le français dans leur vie.  «Il a commencé à apprendre rapidement la langue, donc on l’a ensuite inscrit à une école préscolaire en français», explique Josh Nicholl. 

S’il éprouve parfois des difficultés à comprendre les messages envoyés par l’école, le père croit que c’est aux parents de faire des efforts pour apprendre le français.  Pour y parvenir, lui-même s’est lancé dans la lecture de livres de niveaux préscolaires, qui peuvent être une bonne porte d’entrée. 

Christine Dunphy, dont le mari, de langue maternelle anglaise, parle très bien français, était présente pour partager ses propres trucs et apprendre ceux des autres parents.  «Quand j’ai participé à Voir Grand pour la première fois, il y a deux ans, c’est comme une lumière qui s’est allumée.  On avait toujours parlé en français aux enfants, mais j’ai réalisé à quel point c’est important de les intégrer dans la communauté aussi.  On voit vraiment la différence depuis», affirme la mère. 

C’est exactement le message que Diane Ouellete espère que les parents retiennent.  «Ils ont un rôle très important pour la sauvegarde de la langue, et des petits gestes peuvent contribuer énormément à ce que l’enfant développe son identité et son appartenance.  Il faut placer les enfants le plus possible dans des situations francophones», conclut-elle. 

Une deuxième soirée Voir Grand pour le niveau préscolaire sera organisée dans quelques semaines. 

- Par Ericka Muzzo

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