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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 9 septembre 2020

- Par Jacinthe Laforest

Les stations de une, deux ou trois chaises ont accueilli des passants à partir de 16 h le samedi 29 août dans le Square Rochford.  Comme on peut le voir, les berceuses ont bien fait leur travail. 

 

Le festival annuel d’art éphémère Art à ciel ouvert (Art in the Open), a permis aux festivaliers de découvrir plusieurs projets et démarches artistiques fort intéressants.  L’Installation des berceurs du temps, dans le square Rochford à Charlottetown a été particulièrement apprécié. 

 

À première vue, les quelque six chaises berçantes en bois réparties sur le terrain n’évoquent rien de particulier.  Sur une autre partie du terrain, une petite tente rouge sur laquelle on lit : enregistrement en cours.  Puis, comme on s’approche des chaises, des voix douces se font entendre.  On comprend sans difficulté que la chaise est là pour qu’on s’y assoie, le temps d’écouter une ou deux berceuses ou plus, si rien ne presse. 

 

Ce résumé ne rend absolument pas justice à la démarche des trois artistes qui ont lancé en 2016 «Les Berceurs du temps».  L’un d’eux, Ilya Krouglikov, a accordé quelques minutes à La Voix acadienne pour donner un peu de contexte. 

 

En 2016, le centre d’artistes «Dare-Dare» de Montréal, ainsi que «Les escales improbables» de Montréal, ont sollicité des propositions de projets.  Les Berceurs du temps sont nés. 

 

«Après quatre années, nous avons une collection de plus de 1100 berceuses chantées en 58 langues, presque toutes enregistrées à Montréal.  Nous avons aussi enregistré à Toronto, et depuis peu, à l’Île-du-Prince-Édouard.  Je dois dire que pour nous, notre passage chez vous a été notre escale la plus exotique.  Et malheureusement, je n’ai pas pu y assister, à cause de la COVID-19», a indiqué Ilya. 

 

À Montréal, lorsque «Les Berceurs du temps» font une sortie, ils ont 15 chaises berçantes, réparties en stations d’une à cinq chaises.  Les chaises sont regroupées ainsi pour permettre aux gens de vivre une expérience de groupe.  À Charlottetown, il y avait trois stations d’une, deux ou trois chaises, chacune munie d’un petit système de son. 

 

«Pour chaque événement, nous faisons des playlists différentes pour offrir un mélange de familier et de découverte.  À l’intérieur d’une station, la même playlist joue sur chaque chaise en synchronisme.  À Charlottetown, nous avions commencé à faire des enregistrements sur place environ deux semaines à l’avance, et nous les avions reçues à temps pour les intégrer dans nos playlists».

Malgré la possibilité, avec les technologies, de recevoir des enregistrements de partout au monde, Ilya Krouglikov tient à ce que tous les enregistrements se fassent lors des sorties des berceurs du temps, par les membres du collectif.  «Nous avons reçu quelques enregistrements que nous avons intégrés, parce que c’était des gens qui nous avaient vus.  Mais en général, nous voulons conserver au projet sa valeur artistique.  Avec le temps, et à mesure que notre collection grandit, nous constatons la valeur ethnographique, mais ce n’est pas notre but premier.  Nous n’avons pas sollicité de berceuse dans une telle langue parce qu’elle nous manquait.  Le résultat est un échantillon spontané de ce qu’il y a autour de nous.  Il y a quelque chose d’universel dans la berceuse, dans le rituel qui va avec le dodo, dans toutes les cultures».

 

Chez Deb O’Hanley, le rituel du dodo est très important.  «Je chante de nombreuses chansons en français à mes filles, et je ne sais pas pourquoi, il y en a une en particulier qu’elles ont associée à l’heure du dodo.  Si je ne la chante pas, elles me le rappellent ou encore, elles viennent me chercher pour que je la leur chante».

 

Deb O’Hanley et ses filles Victoire et Sixtine ont raconté cette histoire dans un micro, sous la tente qui était gérée par Marissa Ladéroute, dans une collaboration avec la Fédération culturelle de l’Île-du-Prince-Édouard. 

 

«C’est vrai que nous demandons aux gens de dire quelques mots sur la chanson qu’ils ont choisie, et si la chanson n’est ni en français ni en anglais, nous leur demandons de résumer la chanson, c’est pour ajouter à la qualité de nos archives et à l’expérience des auditeurs.  À Charlottetown, ils avaient une tente pour les enregistrements.  À Montréal, nous avons une Westfalia.  Ça attire l’attention en soi lorsque nous nous installons dans un lieu public.  C’est notre studio d’enregistrement».

 

Marissa Ladéroute était la responsable du kiosque d’enregistrement du projet des Berceurs du temps.  On la voit ici avec les contributrices Deb O’Hanley et ses deux filles, Victoire à gauche et Sixtine. 

 

Le projet s’agrandit

 

Depuis 2018, Les Berceurs du temps ont commencé à collaborer avec un festival du conte jeunesse Festilou.  Ce festival, qui a normalement lieu en mai, a été reporté à la fin de semaine de la fête du Travail en 2020 «Nous avons commencé par intégrer une partie de courts contes.  Éventuellement, nous ferons des playlists hybrides avec des contes et des berceuses», dit Ilya Krouglikov. 

 

D’ici la fin de l’année, il se pourrait que toutes les berceuses soient accessibles via ce site Web https://bercerletemps.com/.  En attendant, on peut découvrir quelques échantillons, incluant des œuvres originales.

 

Après le départ des «berceurs», les chaises étaient désinfectée avec soin pour les prochains berceurs.

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