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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 24 mai 2019

- Par Ericka Muzzo

 

Originaire de la baie Sainte-Marie, Chad Comeau s’est découvert, très jeune, une passion pour les jeux vidéo.  Ce n’est toutefois qu’en grandissant qu’il s’est mis à s’intéresser davantage à sa culture acadienne et aux enjeux qui l’accompagnent.  Pour sa carrière professionnelle, il a tracé sa propre voie en unissant ces deux passions. 

Les plus adeptes le connaîtront peut-être pour des jeux comme «Fish Plant Tycoon», un simulateur de gestion d’entreprise de pêche, ou encore pour «Donair Academy», jeu éducationnel sur le plat homonyme d’Halifax.  Mais Chad Comeau a plus d’un tour dans son sac, et espère bientôt faire paraître un tout premier jeu physique qui portera le nom d’«À tchi?» 

 

«Quand on rencontre quelqu’un à Clare, en Nouvelle-Écosse, on lui demande “À tchi que t’es?”.  Les gens répondent en nommant leurs parents, grands-parents, ainsi de suite.  L’objectif du jeu, c’est de poursuivre cette tradition avec un mélange de noms plus récents et de noms vraiment anciens», explique Chad Comeau, en direct de la Nouvelle-Écosse. 

 

Il y travaille actuellement au Centre acadien de l’Université Sainte-Anne, l’un des partenaires du jeu développé par Chad Comeau et le graphiste Marc d’Entremont. 

 

«L’idée m’est venue dans une conférence organisée par le Centre acadien au sujet des traditions des Acadiens de la Nouvelle-Écosse.  Ils ont parlé du fameux “À tchi?”, et j’ai cliqué tout de suite pour une idée de jeu.  J’ai dessiné un prototype en cinq minutes, et c’est de là que c’est parti», raconte le concepteur. 

 

Chad Comeau et Marc d’Entremont sont les créateurs de ce nouveau jeu de mémoire inspiré d’une tradition typiquement acadienne.  (Photo : Veintitres Photography)

 

Fulgence, Radegonde, Zenaïde

 

L’idée est simple : les 102 cartes à jouer sont divisées en trois paquets, dont chacun contient des prénoms à difficulté variée.  Dans le premier, on retrouve par exemple Élise et Jacques.  Dans le deuxième, Constance, Arcade et Casimir.  Et dans le dernier, le plus difficile, ce sont des noms acadiens tirés des siècles passés, comme Vénérante, Demerise et Siffroid.  «J’ai aussi pensé au nombre de syllabes et à la fréquence à laquelle on entend ces noms aujourd’hui, pour équilibrer les niveaux de difficulté», souligne Chad Comeau. 

 

Les joueurs, seuls ou en équipe, pigent chacun à leur tour des noms et doivent se souvenir de tous ceux qu’ils ont pigés pour remporter la partie.  Cela peut donner un résultat comme «Benoît à Paul à Murielle à Séraphie», et ainsi de suite. 

 

«L’autre soir, un groupe s’est rendu jusqu’à 26 noms! Mais ils n’ont pas vraiment respecté les règles, ils étaient plus que six dans une seule équipe», avoue Chad Comeau, un sourire dans la voix. 

 

Plus encore que de travailler la mémoire, le jeu est aussi un prétexte pour se rappeler de belles histoires, en particulier pour les Acadiens plus âgés.  «Mes amis et moi, ça nous fait un peu rire les plus vieux noms.  Mais quand j’ai présenté les cartes à mon grand-père, il avait une histoire pour presque chacun d’entre eux! Je trouve que ça en dit long sur l’importance de préserver nos traditions acadiennes d’une génération à l’autre», fait remarquer le concepteur d’«À tchi?»

 

Les instructions seront d’ailleurs traduites en anglais pour rendre le jeu accessible à un plus large public.  Que ce soit à travers ce jeu de cartes ou par les autres jeux vidéo qu’il conçoit, Chad Comeau a peut-être trouvé la recette miracle pour intéresser les jeunes à leur histoire locale et aux traditions. 

 

«Quand j’étais adolescent, je ne m’intéressais pas trop aux médias traditionnels, mais aux jeux vidéo, oui! Ceux que je crée comportent beaucoup de contenu culturel et folklorique, et ça permet aussi de raconter l’histoire d’une autre façon, en la vivant soi-même comme personnage principal», fait-il remarquer. 

 

Sans vouloir en dire davantage, il mentionne travailler à l’heure actuelle sur un nouveau jeu vidéo, qui devrait paraître d’ici un mois. 

 

Une campagne de sociofinancement

 

Jusqu’au 31 mai, le jeu «À tchi?» se trouve sur la plateforme de sociofinancement Kickstarter, où les créateurs du jeu espèrent récolter 3 000 $ pour réaliser leur projet.  «Contrairement aux jeux vidéo, qui ne coûtent pas grand-chose à produire, un jeu physique nécessite des ressources financières.  C’est pourquoi on a choisi cette plateforme, où les gens peuvent faire un don et contribuer à notre projet», enchaîne Chad Comeau. 

 

À partir de 25 $, les contributeurs auront droit à une précommande d’un exemplaire du jeu lorsqu’il sera créé, ainsi qu’à un autocollant exclusif.  Selon la formule de Kickstarter, si le montant de 3000 $ n’est pas atteint, les contributeurs récupèrent leur argent.  Cela n’inquiète toutefois pas le concepteur du jeu. 

 

«Je pense que 3000 $ c’est un but modeste.  Ça ne me stresse pas, je peux toujours déranger mes parents et mes amis», s’exclame-t-il en riant.  Lancée le 10 mai 2019, la campagne avait déjà récolté 2 686 $ grâce à 69 contributeurs au moment d’écrire ces lignes.  Elle peut être trouvée au www.atchi.ca. 

 

L’un des paquets de cartes du jeu «À tchi?» comporte d’anciens noms à résonance acadienne, qui rappelleront à plusieurs des histoires de leur passé.  (Photo : Chad Comeau)

 

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