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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 14 mai 2019

- Par Ericka Muzzo

Le violon transparent de Denique fait danser les spectateurs, créant un entraînant mélange de musique traditionnelle et contemporaine. Le tout, perché sur de hautes chaussures à plateformes, et toujours dans la grâce. (Photos : Gracieuseté)

 

Le récipiendaire du prix d’enregistrement électronique de l’année aux «East Coast Music Awards» n’est pas particulièrement connu dans l’est du pays.  Ou du moins, pas encore.  Qu’à cela ne tienne, dans sa musique comme au quotidien, Denique ne recule devant rien ni personne pour s’exprimer, réfléchir et provoquer. 

 

Né à Halifax, ayant grandi à Summerside puis en Saskatchewan, l’artiste est à la fois de partout et de nulle part.  «Je ne sais pas vraiment d’où je viens, je me considère chez moi dans ces trois endroits», explique-t-il. 

 

Denique n’a pourtant jamais senti que son art était réellement compris dans les provinces de l’Atlantique, ou que lui-même y avait sa place… jusqu’à ce que son tout premier album, «Shape 1», soit consacré le week-end dernier par l’un des plus grands festivals de musique de la région.   

 

«Ça veut dire beaucoup.  Ça ferme un peu la porte sur la négativité que j’ai déjà ressentie dans l’Est, et ça me permet d’aller de l’avant en laissant derrière la tristesse de sentir que je n’y avais pas ma place», philosophe l’artiste aux costumes flamboyants. 

 

Il réside aujourd’hui à Montréal depuis deux ans, une décision qu’il ne regrette pas, mais qui lui laisse un arrière-goût amer dans la bouche.  «Quand j’ai annoncé que je déménageais dans la grande ville, les gens de l’Est ont été très encourageants.  Ils m’ont dit : “Vas-y, go get’em tiger!” Et j’apprécie énormément ce support, mais d’un autre côté, je trouve ça triste que les artistes se sentent obligés de partir pour progresser dans leur carrière.  Si on part, ça laisse quoi pour les provinces de l’Atlantique?» questionne Denique. 

 

Voir le monde en multicolore

 

Ce questionnement, comme bien d’autres qui lui trottent dans la tête, est la principale source de motivation de l’artiste.  «À la fin de la journée, ce que je veux, c’est ouvrir l’imagination des gens aux possibilités! Les encourager à suivre leurs intuitions, à créer des projets qu’ils n’auraient pas cru possibles.  Je veux vraiment juste encourager l’ouverture, et qu’on se mette au défi de voir les choses différemment», résume l’artiste. 

 

L’excitation est palpable dans sa voix.  Quand Denique parle de ce qui le motive, il s’emporte, il nous entraîne avec lui pour surfer la vague de son enthousiasme.  «J’ai toujours vu les choses différemment.  Je vois le monde en multicolore! C’est peut-être naïf, mais c’est tellement plus intéressant d’explorer, de se défaire de ses propres limites». 

 

C’est ce qu’il propose dans sa musique aux sonorités électro-pop, souvent qualifiée de «futuriste», «expérimentale» ou de marginale.  «Dès l’âge de 13 ou 14 ans, j’ai réalisé que j’imaginais les choses comme plus grandioses, avec plus de magie! Dans mon enfance, ma mère m’a entouré de magie et d’énergie, et j’ai assumé ça en grandissant», enchaîne l’artiste, qui a vécu à l’Île-du-Prince-Édouard jusqu’à ses dix ans. 

 

Comme on peut s’en douter, son adolescence ne s’est pas passée sans heurts.  C’est généralement le cas chez les individus «hors norme», et qui l’assument.  «Je trouvais que la société était déprimée, qu’on ne disait pas les vraies choses et que ça manquait de passion.  Ça m’a amené à réaliser que j’avais des choses à dire, une voix à offrir», se rappelle Denique. 

 

Fidèle à lui-même, il ne se sera jamais empêché de porter du rouge à lèvres, de rire à voix haute ou de défier la majorité. 

 

L’autre part de l’alter ego

 

Mais au-delà du maquillage, des costumes éblouissants et du personnage de scène flamboyant, l’artiste propose également des textes engagés sur des thèmes variés comme la politique, l’environnement et les droits LGBTQ. 

 

«En grandissant, en tant que membre de la communauté LGBTQ, je n’ai pas eu de héros.  Donc mon personnage artistique est en quelque sorte mon propre héros! Et tant mieux vraiment si ça peut inspirer d’autres personnes, mais ça n’est pas mon but premier», nuance-t-il. 

 

Denique espère surtout contribuer à faire entendre des voix différentes, et à convaincre les gens au pouvoir de mettre les ressources dans l’inusité.  «Il y a des artistes incroyables dans l’Est, mais la tendance c’est de supporter et de répéter ce qui a déjà été fait.  Je n’ai rien contre les hommes en chemise à carreaux, mais je pense qu’on gagnerait beaucoup à soutenir des artistes émergents qui ont quelque chose d’autre à offrir», souligne-t-il. 

 

Revendicatif, provocateur et avant-gardiste sur scène, Denique avoue être une tout autre personne dans la vie.  «Je suis une personne super simple, avec un rythme de vie assez lent, un petit appartement et une passion pour le cyclisme», admet-il en riant. 

 

S’il espère un jour vivre de sa musique, et prévoit déjà de faire paraître d’autres albums, une partie de lui craint d’être submergée s’il devient célèbre.  «Si je fais ça à temps plein, ça va impliquer de toujours voyager, de faire énormément de spectacles…  Je veux garder ma vie personnelle à une plus petite échelle.  Je ne veux pas devenir trop célèbre», conclut-il avec une légère angoisse dans la voix. 

 

Lorsqu’il retire ses souliers à plateforme et son maquillage de scène, Denique LeBlanc se transforme incognito en monteur vidéo, un métier qu’il a appris de lui-même et qui lui permet aujourd’hui de réaliser ses propres vidéoclips.  «Je me suis rendu compte que j’avais un bon sens de l’esthétique, et j’aime vraiment ça.  J’ai appris sur le web, je suis têtu comme mon père», rigole-t-il. 

 

Sur scène comme dans la vie, il est évident que Denique vit avec passion et en évitant de tomber dans la léthargie ou la complaisance.  Un bel exemple du type d’artiste qui peut émerger des Maritimes, et qui pourrait éventuellement en faire la renommée, si le public était au rendez-vous.  D’ici là, on garde l’œil et l’esprit ouvert en attente des prochains projets de Denique! 

 

Denique LeBlanc a fait sa marque avec une esthétique très particulière, s’amusant avec les notions de genre et vêtu de costumes flamboyants. 

 

Son premier album, «Shape 1», lui a parfois valu le surnom de «petit frère canadien de Lady Gaga».

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