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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 17 avril 2019

- Par Ericka Muzzo

En plus de bandes dessinées traduites en plusieurs langues, l’auteure compte à son actif des livres jeunesse et des romans qui mettent en scène des personnages «trans».


L’auteure Sophie Labelle était de passage à Charlottetown ce week-end, en conclusion de sa tournée des Maritimes.  Devant un public d’une trentaine de personnes composé d’enfants, d’adolescents et d’adultes, la bédéiste transgenre a discuté des obstacles qu’elle surmonte quotidiennement dans sa carrière, et de ses plans pour le futur.

Depuis 2014, Sophie Labelle publie chaque semaine quelques planches de sa BD web, «Assignée garçon».  Traduite dans plusieurs langages, son œuvre rejoint près d’un million de lecteurs de façon hebdomadaire. 

«J’ai commencé à dessiner des BD pour divertir mes amis “trans” au primaire.  Je pense que ça me permettait aussi d’être davantage moi-même, surtout depuis que j’ai créé le personnage de “Ciel”», explique la bédéiste. 

«Ciel», c’est l’héroïne principale de Sophie Labelle.  Pré-adolescente «trans», elle est à la fois un reflet de l’auteure elle-même et un personnage à part entière, auquel la bédéiste espère que ses lecteurs pourront s’identifier.  «Mon but, ça n’est pas d’éduquer les gens.  C’est plutôt de ventiler mes frustrations à travers la BD, et aussi que les individus transgenres puissent reconnaître leur réalité dans une œuvre», assure-t-elle.

Ses romans bientôt en anglais

En plus de ses nombreuses bandes dessinées, Sophie Labelle a publié des livres pour enfants et, plus récemment, les deux premiers tomes d’une série de romans jeunesse.  Les lecteurs peuvent retrouver les personnages bien connus de Frank, Eirikur et Stéphie dans «Ciel – comment survivre aux deux prochaines minutes» et «Ciel – dans toutes les directions».  Sophie Labelle a annoncé dimanche que les romans seront bientôt traduits en anglais. 

«Je pense que ça me permet de développer des histoires et des personnages plus complexes que dans les bandes dessinées.  Le public cible, c’est particulièrement les ados de 9 à 12 ans, mais encore là c’est aussi juste une manière d’amener des personnages transgenres dans la littérature conventionnelle (mainstream)», enchaîne l’auteure. 

Sa conférence à la Startup Zone de Charlottetown est partie intégrante d’une vague beaucoup plus large, qui a mené Sophie Labelle aux États-Unis, en Australie et en Europe au cours des quatre dernières années.  «Je ne m’attendais pas à avoir autant d’invitations, mais elles se sont vraiment multipliées! C’est une chance d’avoir pu aller ainsi à la rencontre de mes lecteurs», estime-t-elle.

Une source d’inspiration

Le revers de la médaille, ce sont les détracteurs de son œuvre, qu’elle affirme être nombreux.  «Je subis énormément de harcèlement en ligne depuis au moins cinq ans.  Des gens qui connaissent mon travail par cœur, parfois mieux que moi-même, mais pas pour les bonnes raisons», déplore Sophie Labelle. 

Avant de se lancer plus sérieusement dans son travail de bédéiste, elle était très active dans les milieux politiques et militants.  Elle y a connu son lot de discrimination.  «Il y a toutes sortes de théories conspirationnistes autour de la question transgenre.  Certains vont même jusqu’à affirmer que je ne le suis pas réellement», raconte-t-elle, incrédule. 

Plutôt que de se laisser démonter, Sophie Labelle y puise une forme d’inspiration.  «J’aimerais être à court de sujets d’écritures, parce que ça voudrait dire moins d’incompréhensions autour de la question transgenre.  Mais visiblement, ce n’est pas près d’arriver», note-t-elle. 

Heureusement, les messages qu’elle reçoit sont loin d’être tous négatifs.  «Plusieurs personnes m’ont écrit pour me dire que mes bandes dessinées leur avaient donné le courage de s’affirmer en tant que “trans”, et je me nourris aussi de ça.» Les bandes dessinées de Sophie Labelle ont certainement été une bouée de sauvetage pour plusieurs. 

L’auteure terminera sa tournée dans deux semaines, après quoi elle a annoncé prendre une année sabbatique, afin de consacrer ses énergies à la création d’un spectacle.  Son humour incisif laisse présager une œuvre fort intéressante, qu’on espère voir présentée à Charlottetown le temps venu. 


Les lecteurs se sont déplacés en grand nombre pour assister à la conférence de l’auteure Sophie Labelle, dimanche à la Startup Zone de Charlottetown. 

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