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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 27 mars 2019

- Par Ericka Muzzo


Un extrait de la pièce Loin du coeur. Rebecca Parent, de l’Î.-P.-É., y joue le rôle du Joker (ou de l’animatrice).  (Photo : Gracieuseté)

Le 27 mars est la Journée mondiale du théâtre 2019.  C’est partout une occasion de célébrer l’art des planches, et un prétexte aussi pour faire rayonner les initiatives francophones à l’Île.  Au fil des décennies, des artistes d’ici ont persévéré à écrire et produire des pièces dans la langue de Molière, et continueront de le faire tant que le public répondra présent.
 

Au cours de leurs carrières respectives, Raymond Arsenault et Eileen Chiasson-Pendergast estiment avoir écrit ou monté autour de 70 et 50 pièces de théâtre d’une sorte ou d’une autre.  Comédies musicales, théâtre communautaire ou professionnel, ils ont vu couler de l’eau sous les ponts depuis le début de leur carrière d’auteur. 

Ce que leurs pièces ont en commun, c’est de mettre en scène des personnages ancrés dans la culture acadienne de l’Î.-P.-É.  «Ce que j’aime, c’est développer des personnages auxquels les gens peuvent s’identifier.  Je m’inspire de traits de personnalité que j’ai observés, et j’ai beaucoup de plaisir à voir ces personnages prendre vie avec la touche des comédiens», assure Raymond Arsenault. 

Si parfois certains se reconnaissent dans ses personnages, c’est tant mieux, puisque cela crée un attachement entre le public et l’œuvre jouée.  Pour Eileen Chiasson-Pendergast, c’est entre autres ce qui explique le si grand succès de la pièce «La cuisine à Mémé», dont le retour est prévu dès 2019 au Village musical acadien à Abram-Village. 

«Le monde aime s’oublier en regardant une pièce.  En particulier le théâtre acadien, parce qu’il leur fait revivre des souvenirs.  En plus d’une soirée plaisante, “La cuisine à Mémé” touche à nos racines, et les gens se rendaient de partout sur l’Île pour y assister.  C’est une fierté de voir notre monde et notre langue représentés sur scène», s’exclame Eileen Chiasson-Pendergast. 

Développer la relève

Le hic, c’est que les pièces finissent par vieillir, et avec elles, les acteurs qui les interprétaient.  «S’ils sont bons, ils ne restent pas forcément longtemps.  Le problème à l’Île, c’est qu’on ne peut pas vivre de ça, parce que l’été ça roule, mais l’hiver ça stagne», fait remarquer Raymond Arsenault.  L’an dernier, il a eu toutes les difficultés du monde à recruter un nombre suffisant d’acteurs pour monter une pièce à Summerside. 

Il prend espoir en constatant que dans les écoles, les jeunes sont de plus en plus exposés au théâtre, notamment avec des cours d’art dramatique.  «Plusieurs passent par là et développent leur talent.  Ça n’est pas forcément tout le monde qui va aimer ça, mais quelques-uns vont briller, et c’est important de leur donner leur chance», affirme Raymond Arsenault.  Lui-même se rappelle que c’est en voyant des comédiens jouer qu’il a pris goût au théâtre, une passion qui ne l’a jamais plus quitté. 

Rebecca Parent est parmi ces acteurs nés à l’Île et qui ont décidé de poursuivre leur carrière ailleurs, à la recherche d’opportunités professionnelles.  Elle a fait ses débuts sur scène à son école secondaire, François-Buote, puis a rapidement obtenu des rôles professionnels, comme celui d’Anne Shirley, dans la comédie musicale «Anne & Gilbert». 

Aujourd’hui, l’actrice est de retour à Charlottetown, à titre de coordonnatrice pour la production «Loin du cœur» de la compagnie théâtrale Sheatre.  Déjà présentée dans de nombreuses villes canadiennes, la pièce devrait être en tournée dans les écoles secondaires et postsecondaires francophones de l’Î.-P.-É. en automne 2020. 

«C’est une pièce de style forum, parce qu’on invite les jeunes à monter sur scène pour faire des choix dans une situation donnée.  Ces choix vont influencer le cours de la pièce, et c’est une occasion pour nous d’aborder des thèmes qui touchent les jeunes», explique Rebecca Parent.  Dans la pièce, elle joue le rôle du «Joker», qui anime et guide la conversation. 

Des bénéfices bien réels

Avec «Loin du cœur», la troupe de théâtre Sheatre a deux objectifs : le premier est de permettre aux jeunes de vivre des situations problématiques dans un contexte sécuritaire, afin qu’ils réfléchissent d’avance à ce qu’ils feraient, si de telles situations se présentaient dans la vie réelle. 

L’histoire parle du passage à l’âge adulte, du consentement et des relations amoureuses.  Elle suit les personnages de deux jeunes hommes et deux jeunes femmes se préparant pour «une grande fête».  «Parfois, les professeurs ont peur que les élèves soient trop gênés pour participer, mais dès qu’ils montent sur l’estrade ils embarquent dans le jeu.  C’est moins intimidant que dans la vraie vie», estime Rebecca Parent. 

L’autre objectif, c’est justement de permettre aux jeunes de développer leur confiance en eux et de s’exprimer à travers l’art de la scène.  «Être comédien a vraiment aidé à me libérer quand j’étais enfant», souligne Raymond Arsenault.  C’est aussi quelque chose que remarque Eileen Chiasson-Pendergast chez les acteurs avec lesquels elle travaille.  Que ce soit à l’école, ou en activité parascolaire, le fait de se mettre dans la peau d’un personnage permet une grande liberté d’expression. 

Pour le futur, Rebecca Parent réfléchit aux manières d’augmenter l’auditoire du théâtre à l’Île, anglophone et francophone.  Elle a pour objectif d’écrire et de réaliser ses propres pièces un jour, et se dit optimiste, de voir se développer la scène théâtrale dans la province, même si elle est consciente que cela prendra du temps.  Place au spectacle! 

L’auteure Eileen Chiasson-Pendergast présentera cet été une pièce sur le cheminement des Acadiens à travers les époques, qui sera présentée dans le cadre du Congrès mondial acadien 2019.  (Photo : Archives)


Raymond Arsenault écrit, produit et interprète des pièces inspirées de ses observations quotidiennes. (Photo : Gracieuseté)


Cette scène est tirée d’une pièce écrite par Raymond Arsenault.  Diane Racette est la comédienne à sa gauche.  (Photo : Gracieuseté)


Rebecca Parent.   (Photo : Gracieuseté)

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