Culture
Par Jacinthe Laforest
Kathleen Gallant-Couture, directrice générale de l’Association des centres de la petite enfance francophones, et Lynn Gaudet, illustratrice à l’origine du projet, souhaitent trouver une maison d’édition pour la prochaine étape du projet, la publication. (Photo : J.L.)

Comment raconter la déportation à des enfants en bas âge?  Ce n’est pas facile de trouver les bons mots.  Les ressources éducatives sur le sujet, pour cette tranche d’âge, de 3 à 8 ans environ, sont très peu nombreuses.  C’est pour pallier cette lacune que l’Association des centres de la petite enfance francophones et Lynn Gaudet ont uni leurs forces.  Le premier d’une série d’albums pourrait être disponible en septembre prochain.  

Aegolius acadicus est le nom latin de la petite nyctale, un minuscule chouette qui est en vedette dans le tout premier album d’une série inspirée par l’histoire de l’Acadie.

«Ça fait 15 ans que j’ai cette histoire dans la tête.  Ce n’est que lorsque j’en ai parlé avec Kathleen Couture, de l’Association des centres de la petite enfance francophones, que le projet a pu voir le jour», dit Lynn Gaudet, artiste peintre reconnue pour son travail minutieux et son souci des détails.  

Kathleen Couture confirme que le projet est en cours depuis plusieurs mois.  «J’ai décidé que ça valait la peine de faire ce projet, car je voyais le besoin de ressources pour les jeunes enfants.  J’ai fait des demandes de financement et quand elles ont été approuvées, on s’est mises au travail», décrit Kathleen Couture. 

L’écriture de l’histoire et le travail d’illustration se sont faits en totale cohésion.  Le résultat, qui n’a été vu que par très peu de personnes, est étonnant.  

«Dès le départ, je voulais raconter l’histoire avec des oiseaux.  C’est fictif, je le redis parce que c’est important.  Dans cette histoire, les Acadiens sont les hiboux.  Les Français sont les geais bleus et les cardinaux, avec leurs plumes rouges, sont les Anglais.  Les Mi’kmaq sont des corbeaux», dit Lynn Gaudet, très fière de ses illustrations et de l’histoire qu’elles racontent. 

«Vous savez, c’est bien plus facile de parler de sujets délicats avec des animaux.  Au départ, c’est plus facile de comprendre que c’est fictif, même si ça s’inspire de faits vécus.  Même si la déportation a eu lieu dans les 1755, j’ai donné des téléphones cellulaires aux personnages», dit l’illustratrice.  Dans chaque page, il y a une petite souris qui est cachée et qu’il faut trouver, une autre façon d’engager les enfants.  

À la recherche d’une maison d’édition

Pour le présent, le premier livre d’une série encore indéterminée est terminé.  «On est à rechercher la meilleure maison d’édition possible pour notre projet.  Franchement, nous ne pensions pas que ça pouvait être aussi complexe», dit Kathleen Couture.  

Outre les prix demandés, les maisons d’édition ont chacune leurs spécialités.  «Certaines maisons nous ont dit qu’elles aimaient notre histoire et qu’elles voulaient l’acheter pour la raconter avec leurs auteurs et leurs illustrateurs.  D’autres nous ont dit qu’elles faisaient seulement des formats carrés.  Nous cherchons encore la maison d’édition qui respectera notre projet», soutient Kathleen Couture.  

En plus de rechercher une maison d’édition, Kathleen et Lynn font aussi des démarches pour protéger leurs personnages comme leur propriété intellectuelle.  Acadicus pourrait devenir un personnage important, une mascotte pour les centres de la petite enfance, une marionnette.  L’Association des centres de la petite enfance francophones veut avoir le fin mot sur la «carrière» d’Acadicus dans l’avenir. 

Autre préoccupation des porteuses du projet : le vocabulaire.  «Nous voulons que le vocabulaire soit celui que les enfants entendent chaque jour, incluant des mots acadiens traditionnels comme des laiches (vers de terre ou limaces), et de la mèche (morve).  Dans notre histoire, nos personnages sont des oiseaux.  Ils mangent des laîches et des queues de souris et un des personnages adore la “mèche de grenouille“», rappelle Lynn Gaudet.  

À la fin du livre, il y aura un lexique pour le vocabulaire acadien, quelques recettes de fricot et de râpure (sans les laîches, mais chacun son goût), et des idées d’activités qui peuvent découler de la lecture du livre, comme un guide pédagogique.  Vu que le livre contient aussi quelques mots en Mi’kmaq, et pour cette raison et quelques autres, les Premières Nations Mi’kmaq de l’ÎPÉ ont été consultées.  

La série inaugurale des aventures d’Acadicus devrait comporter quatre livres.  

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