Culture
04 décembre 2022 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
L’une des cinq photos de la série Venez comme vous êtes présentée par le photographe Robin Gislain Shumbusho, en collaboration avec Niyi Adeogun.

Jusqu’au 5 mars 2023, le Centre des arts de la Confédération présente à Charlottetown l’exposition Tandis que les Noirs : un forum de réflexion sur ce que le musée ne peut pas présenter.  Une réflexion sur la représentation des artistes noirs dans les galeries et musées canadiens. 

Quelle est la place des artistes noirs dans les institutions culturelles canadiennes?  C’est la question posée par la nouvelle exposition multimédia, Tandis que les Noirs : un forum de réflexion sur ce que le musée ne peut pas présenter, organisée par le Centre des arts de la Confédération à Charlottetown. 

17 artistes noirs, aussi bien originaires de l’Île-du-Prince-Édouard que d’autres régions du pays, y présentent des vidéos, des toiles, mais aussi des photographies et des installations immersives. 

L’exposition fait partie d’un projet amorcé en 2020 dans la foulée du mouvement Black Lives Matter, qui dénonce, entre autres, le racisme systémique.  De nombreux évènements, ateliers, expositions, et conférences, se sont tenus aux quatre coins du pays, afin de mettre en lumière le travail des artistes noirs canadiens.

Embûches pour les jeunes créateurs 

«On veut montrer la richesse et la valeur de la production des artistes noirs au Canada, car ils ne sont pas assez représentés dans nos musées», explique Charles Campbell.  Le commissaire de l’exposition insiste : «Aujourd’hui, les portes des institutions culturelles leur sont encore trop souvent fermées». 

Un avis partagé par le photographe d’origine rwandaise Robin Gislain Shumbusho, installé depuis quelques années à l’Île-du-Prince-Édouard : «Pour un jeune créateur comme moi, c’est très difficile d’accéder à des galeries, de pouvoir montrer mon travail». 

Au Centre des arts de la Confédération, Robin Gislain Shumbusho présente une série de cinq photographies, Venez comme vous êtes, en collaboration avec Niyi Adeogun.  «C’est l’histoire du processus de création d’une œuvre d’art, des émotions que l’on ressent aux différents stades, de la genèse du projet à son accrochage dans une salle», détaille-t-il.  

Charles Campbell et Robin Gislain Shumbusho sont unanimes : les musées ont considéré pendant trop longtemps que les artistes noirs n’avaient pas leur place au sein de l’art contemporain.

Ouverture «historique»

«C’est une forme de racisme institutionnel», analyse Charles Campbell.  «Les commissaires ne choisissent pas nos œuvres, car ils ne connaissent pas notre culture et notre histoire, et ne comprennent pas les émotions véhiculées par notre art», poursuit Robin Gislain Shumbusho. 

À leurs yeux, l’éducation est la clé pour faire changer les regards et évoluer les mentalités.  «Il y a un grand besoin de sensibilisation du public, au sein même de nos communautés noires, observe Charles Campbell.  On a besoin de s’ouvrir à cette richesse si l’on veut naviguer intelligemment dans le présent et comprendre d’où l’on vient.»

Depuis le lancement du mouvement Black Lives Matter, le commissaire reconnait l’ouverture progressive des institutions culturelles canadiennes, qu’il qualifie d’«historique».  «Il y a eu une prise de conscience et une grande expression de solidarité de leur part, mais il faut voir si ça perdure», note-t-il. 

De son côté, Robin Gislain Shumbusho salue la volonté du Centre des arts de la Confédération de promouvoir de jeunes créateurs locaux : «C’est positif, ils commencent à être plus curieux et ouverts d’esprit».  Le photographe appelle néanmoins, à ouvrir plus de galeries d’art dans la province : «Ce serait un grand changement, ça offrirait plus de visibilité à la scène artistique qui est très riche».  

Robin Gislain Shumbusho 2Robin Gislain Shumbusho est un photographe d’origine rwandaise, installé depuis quelques années à l’Î.-P.-É. (Photo : Marine Ernoult) 

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