Culture
22 novembre 2021 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Marissa Ladéroute est coordinatrice de projets à la FCÎPÉ. (Photo : Gracieuseté)

La Fédération culturelle de l’Île-du-Prince-Édouard propose de former des artistes aux métiers du cinéma et de la vidéo, avec l’idée de créer un écosystème du film francophone dans la province.  Reste à savoir si les longs-métrages produits rencontreront leur public une fois en salle.

Faire des films en français à l’Î.-P.-É.  peut se révéler être un véritable casse-tête.  Comment trouver des artisans qualifiés, des scénaristes, des réalisateurs, des cadreurs ou des monteurs, qui parlent la langue d’Antonine Maillet? 

Consciente du défi, la Fédération culturelle de l’Î.-P.-É. (FCÎPÉ) va lancer à Charlottetown une série de formations dans le domaine du film et de la vidéo.  D’ici le mois de mars, les francophones et Acadiens de l’Île qui le souhaitent pourront être formés à la mise sur pied d’un budget, à l’écriture d’un script, mais aussi à la manipulation des caméras, à la prise de son, ou encore à l’édition et au montage en postproduction.  Des formateurs viendront spécialement du Nouveau-Brunswick et du Québec. 

Afin de mieux cerner les besoins, l’organisme a mis un sondage en ligne.  «On veut savoir ce que les artistes de la communauté veulent apprendre en priorité, par exemple, s’ils s’intéressent plus à la production ou à ce qui se passe avant ou après», détaille Marissa Ladéroute, coordinatrice de projets à la FCÎPÉ.  Onze personnes ont d’ores et déjà répondu à l’enquête qui reste ouverte jusqu’à la fin du mois de novembre. 

«Les francophones ne se ruent pas au cinéma» 

L’objectif de la FCÎPÉ est de susciter des vocations.  «On aimerait créer une équipe d’artisans francophones dans les années à venir», révèle Marissa Ladéroute.  La coordinatrice assure qu’il y a «un véritable intérêt» pour le film en français dans la province.  À ses yeux, le succès rencontré par le projet Bobine le confirme. 

Dans le cadre de cet appel à projets lancé par la FCÎPÉ, douze artistes professionnels ou émergents ont soumis des propositions de fictions, de documentaires, et de clips musicaux en français.  «C’est plaisant d’avoir rencontré autant de succès, ça prouve que le besoin est là», affirme Marissa Ladéroute.  Quatre à cinq cinéastes seront choisis dans les prochaines semaines et recevront jusqu’à 5000 dollars de financement. 

La production semble plus que jamais sur la bonne voie.  Mais encore faut-il que le public insulaire soit au rendez-vous dans les salles, une fois les films en français sortis sur grand écran.  «Les taux de participation sont plus élevés pour les films français que pour les autres productions en langue étrangère», observe le gestionnaire du City Cinema à Charlottetown.  Un constat nuancé par Laurent Gariépy, bénévole au cinéma indépendant : «Les francophones ne se ruent pas en salle quand il y a une œuvre originale dans leur langue maternelle, ils sont plus habitués à voir des longs-métrages américains, traduits ou non».

Éducation au cinéma à l’école

Malgré tout, le City Cinema diffuse de temps en temps des longs-métrages en français, réalisés au Canada ou à l’étranger.  «Cela peut être plus compliqué et plus cher de les faire venir, surtout quand on veut des sous-titres en anglais, explique Laurent Gariépy.  Mais on n’a pas le choix, le public francophone est insuffisant pour justifier des films uniquement en français».

Selon le passionné, l’éducation à l’image doit se faire dès le plus jeune âge, dans les salles de classe : «Afin que les enfants développent un intérêt pour le septième art, qu’ils sachent qu’il n’y a pas seulement Star Wars et Marvell, qu’il existe aussi des œuvres francophones». 

Animé de cette volonté de promouvoir la francophonie sur grand écran, Laurent Gariépy organise désormais avec le Carrefour de l’Isle Saint-Jean la projection d’une œuvre en français chaque premier dimanche du mois.  Le film «Les Demoiselles de Rochefort» de Jacques Demy sera ainsi à l’honneur le 5 décembre prochain. 

La FCÎPÉ aimerait également développer des collaborations avec le City Cinema, avec l’envie de projeter davantage de productions francophones indépendantes.  «Si cela fonctionnait en termes de fréquentation, nous serions heureux d’avoir plus de titres en français», assure Marshall Harrington. 

Laurent Gariépy est bénévole au City cinema. (Photo : Marine Ernoult)

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