Culture
26 août 2021 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
L’artiste Olivier Bodart devant les quinze dalles qui représentent la carte en relief de l’Imperial Valley. (Photo : Marine Ernoult)

Olivier Bodart, artiste plasticien récemment installé à l’Île-du-Prince-Édouard, présente son projet Imperial à la galerie The Guild à Charlottetown.  Jusqu’au 5 septembre, l’exposition invite à voyager à travers l’Imperial Valley aux États-Unis. 

Créer à partir de la géographie des lieux où il vit, de la nature qui l’entoure, et ainsi évoquer le voyage, l’évasion onirique.  Voilà ce que propose Olivier Bodart, artiste francophone nouvellement installé à l’Î.-P.-É., dans son exposition baptisée Imperial et présentée à la galerie The Guild à Charlottetown.  Jusqu’au 5 septembre, le parcours offre au visiteur une multiplicité de regards et d’approches artistiques, entre art plastique et photographie. 

L’ancien professeur au lycée français de Los Angeles collecte des matériaux dans son environnement immédiat.  S’inspirant de lieux existant réellement, il en fait des tableaux en relief qu’il explore ensuite en photo.  Son précédent travail, intitulé Zones à risques, était consacré à des catastrophes naturelles qui se sont produites aux États-Unis.  Celui exposé à The Guild depuis le 9 août s’intéresse à l’Imperial Valley. 

Artiste «triplement confiné»

La genèse de ce dernier projet remonte à 2020.  L’artiste plasticien, photographe et écrivain, s’installe au sud de la Californie, dans la vallée du Coachella en plein milieu du désert du Sonora.  À peine un mois après son emménagement, il se retrouve «triplement confiné» dans une maison à rénover.  Il est confiné à cause de la pandémie de COVID-19, des incendies qui font rage dans la région, mais aussi de la pollution atmosphérique émanant de la Salton Sea située non loin de là, dans l’Imperial Valley.

Cette mer est née d’une erreur humaine.  En 1905, la rupture d’un barrage sur le fleuve Colorado laisse s’échapper des tonnes d’eau qui trouvent refuge dans une vallée désertique, à quelques kilomètres de Palm Springs.  Se forme alors le plus grand lac de Californie.  Une aubaine pour les agriculteurs de la région, qui développent cultures et plantations.  Dans les années 1950, le lieu devient un site touristique prisé.

Mais, à partir des années 1970, la station bascule dans le cauchemar.  L’eau commence à s’évaporer, la concentration en sel du lac augmente, accélérant en retour l’évaporation.  Un cercle vicieux bientôt fatal aux poissons : faute de profondeur, ils meurent, faisant fuir les touristes.  Aujourd’hui, la plupart des habitants sont partis, seuls survivent les oiseaux migrateurs. 

«Ce sont des paysages magnifiques, un climat aride, avec des villes fantômes complètement abandonnées», raconte Olivier Bodart qui évoque le bleu turquoise du lac sur fond de roches rougeoyantes. 

Carte en trois dimensions de l’Imperial Valley 

La Salton Sea est maudite : avec l’évaporation de l’eau, les phosphates et les pesticides dus au développement de l’agriculture qui résidaient au fond du lac remontent à la surface et contaminent la région au gré des tempêtes.  Une étude relève que les taux de cancer du poumon et de maladies respiratoires sont ici quatre fois plus élevés que dans le reste des États-Unis.  Si la mer continue à s’assécher, c’est toute la vallée du Coachella qui risque de devenir inhabitable et un million et demi d’Américains qui seront contraints d’aller vivre ailleurs.

«Être confiné dans le plus grand désert d’Amérique du Nord, à proximité du lieu d’une catastrophe écologique, c’est un paradoxe inspirant, j’ai voulu trouver le moyen artistique de m’évader», confie Olivier Bodart. 

Il récupère alors des éléments de sa maison, mais aussi de l’extérieur pour reconstituer la carte en trois dimensions de l’Imperial Valley. 

Il découpe quinze dalles dans le sol de la salle de bains et en fait des œuvres d’art à partir de carrelage, de bois, de linoléum ou encore de sable et de broussaille.  Il travaille d’après ses souvenirs tout en étudiant avec précision la carte du comté.  Il s’attache à respecter la topographie, à reproduire fidèlement les contours du lac, des zones agricoles, la composition du sol, que ce soit les espaces sableux ou rocheux.

«Un nouvel alphabet visuel» 

Commence alors un voyage immobile, teinté d’imaginaire, au cœur des moindres détails de cette carte.  Armé de son téléphone cellulaire, équipé de différentes lentilles, Olivier Bodart l’explore jusqu’à l’épuisement.  Il joue sur les lumières, les angles, change les fonds et n’hésite pas à réorganiser les dalles afin de recréer des paysages.  Il en tire 35 photos en gros plan qui mélangent réalisme, surnaturel et rêverie.  «J’ai voulu créer un entre-deux perturbant, un nouvel alphabet visuel», explique-t-il. 

Cette exposition n’est que «la partie visible» d’un projet artistique plus large.  En parallèle, Olivier Bodart écrit un roman dont l’action se passe au même endroit et dont le thème se rapproche de ceux des tableaux et photographies.  Infatigable, le francophone tente également de mettre sur pied un atelier artistique près de la baie de Tracadie avec sa compagne photographe Kirsten Fenton.  Baptisé La Coursive, ce lieu devrait offrir des ateliers d’écriture en français, de photographie, mais aussi d’architecture.

Quatre photos réalisées par Olivier Bodart avec son téléphone cellulaire, exposées à la galerie The Guild jusqu’au 5 septembre.  (Photo : Gracieuseté)

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