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Le 12 mars 2021

- Jacinthe Laforest

Yvette Arsenault est une grande cueilleuse de petits fruits.  Même fragilisée par la maladie, elle a eu des occasions, grâce à des personnes de la communauté et à sa sœur Réjeanne, d’aller faire des cueillettes.  (Photo : Réjeanne Arsenault)

 

La maladie de Parkinson est une maladie neurodégénérative qui s’attaque au corps.  Ordinairement, nos mouvements sont régis par la dopamine, un produit chimique qui fait voyager les signaux entre les neurones du cerveau.  Quand les cellules qui produisent la dopamine meurent, on voit apparaître les symptômes de la maladie de Parkinson.  Chez Yvette Arsenault, ils sont apparus graduellement et ils n’ont cessé de progresser.

 

Yvette Arsenault se souvient exactement du momentoù elle a remarqué que ses mains tremblaient.  «J’étais à une partie de balle.  Mon fils jouait.  Et j’ai remarqué que ma main tremblait».

 

Ce n’est pourtant que plusieurs années plus tard qu’elle a parlé à son médecin de ses tremblements et le diagnostic est tombé il y a environ 15 ans.  «Mon fils Marc dit toujours que ce n’est pas juste que j’aie cette maladie.  Ça lui fait de la peine», dit Yvette Arsenault, maintenant âgée de 72 ans. 

 

Pendant plusieurs années, elle a vécu de manière aussi indépendante que possible, puis, il y a environ sept ans, elle a choisi d’aller vivre au foyer de soins communautaire Le Chez-Nous à Wellington. 

 

L’obligation pour les locataires du Chez-Nous d’évacuer les lieux dans la nuit du 18 au 19 janvier derniers, a précipité son admission dans un foyer de soins de longue durée, en l’occurrence, celui d’O’Leary, où elle vit depuis quelques semaines. 

 

«Dernièrement au Chez-Nous, je tombais plus souvent.  Il fallait toujours que j’aie quelqu’un avec moi pour m’assurer que je ne tombe pas.  Je trouve ça frustrant.  Je ne me sens pas libre.  L’été passé, je n’avais plus de patience.  Je voulais aller faire un tour dehors pour profiter du beau temps et il fallait toujours que quelqu’un vienne avec moi.  Je comprends pourquoi, mais ça m’empêchait de profiter du moment», dit la dame qui ajoute cette perte grandissante d’autonomie à la liste des deuils qu’elle a dû faire au fil des ans. 

 

Le plaisir de cueillir 

 

Yvette Arsenault a toujours été une grande cueilleuse de petits fruits d’été.  «Ça me manque de ne plus pouvoir aller cueillir des petites fraises, ou des bleuets et les pommes de pré comme je veux.  Je savais où trouver les bons endroits.   Je pouvais passer des heures dans les jardins.  Avec le temps, il a fallu que je commence à demander à des gens de me conduire…»

 

Réjeanne Arsenault, la sœur d’Yvette, confirme que plusieurs personnes ont, au fil des années, emmené Yvette cueillir des petits fruits.  «Sauf pour l’été 2020, Richard et moi avons souvent amené Yvette dans les champs de bleuets et de petites fraises.  Je suis certaine qu’elle espère y retourner l’été prochain.  Elle peut être persistante parfois», dit Réjeanne, hésitant entre l’admiration et l’exaspération. 

 

Yvette a peut-être ralenti la cueillette, mais sa curiosité et son plaisir d’apprendre n’ont pas pris de pause.  Lorsqu’elle vivait au Chez-Nous, sa chambre était remplie de fournitures de bricolage.  Elle avait toujours quelques projets en progrès.  Régulièrement, elle aidait à organiser des activités d’artisanat pour les autres résidents et elle-même. 

 

Dans le foyer de soins de longue durée où elle vit maintenant, elle partageait une chambre depuis son arrivée.  Le mercredi 3 mars, elle était à la veille d’emménager dans sa propre chambre.  «Je vais pouvoir faire des bricolages», se réjouit-elle. 

 

Sa sœur Réjeanne, qui vit dans la région de Moncton, est venue passer quelque temps à l’Île.  Après ses 14 jours d’isolement, elle a pu enfin visiter Yvette. 

 

«Elle me demandait toujours de lui apporter ses fournitures, mais sa chambre pour deux était bien trop petite.  Avec sa nouvelle chambre, il y aura plus de place.  Je pense qu’elle pourra avoir quelques fournitures.  Mais elle ne pourra peut-être pas faire tout ce qu’elle faisait au Chez-Nous», prévient Réjeanne. 

 

Pour Yvette, faire des projets d’artisanat garde ses mains actives.  «Ma main droite tremble moins que ma main gauche, et je suis droitière, alors je peux faire des petites choses, avec des coquillages, des pommes de pin, des choses que les gens m’apportent.  C’est toujours différent».

 

«Je ne savais pas ce que c’était»

 

Lorsqu’elle a eu son diagnostic, Yvette Arsenault avoue qu’elle croyait que c’était la même chose que la démence qu’on associait avec le vieillissement, alors qu’elle n’avait même pas encore 60 ans. 

 

«Je ne savais pas ce que c’était.  Et je ne peux pas dire que je m’intéresse à la recherche sur la maladie de Parkinson.  Tout ce que je sais, c’est que ça ne se guérit pas.  Je n’ai jamais fait partie de l’association de Parkinson PEI ou rien comme ça», avoue Yvette Arsenault. 

 

La maladie de Parkinson n’est pas apparue complètement par hasard chez Yvette Arsenault.  La maladie est présente dans sa famille du côté de sa mère, ainsi que du côté de son père.  «J’ai un cousin qui vient de recevoir son diagnostic.  Il est plus jeune que moi». 

 

Un diagnostic de maladie de Parkinson peut être long à établir.  Il n’existe aucune radiographie ni aucun test permettant de confirmer la maladie de Parkinson.  Un neurologue vérifiera donc les antécédents médicaux, procédera à un examen physique approfondi et à certains tests afin d’exclure d’autres maladies qui pourraient ressembler à la maladie de Parkinson. 

 

Yvette Arsenault espère à nouveau cueillir des bleuets à l’été 2021.  (Photo : Réjeanne Arsenault)

 

En 2011, Yvette Arsenault (au centre) faisait partie du comité qui a mis en oeuvre un livret spécial sur les 50 ans de l’École Évangéline. On voit aussi Edmond Gallant et Zita Gallant à sa gauche, ainsi que Jeanne Gallant et Debbie Gallant à sa droite.  (Photo : Archives)

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