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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

le 19 février 2021

- Propos recueillis par Marine Ernoult / Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

 

 

Le jeudi 11 février, c’était la Journée internationale des femmes et des filles de science. À cette occasion, Judith Nyiraneza, chercheuse pour Agriculture et Agroalimentaire Canada à Charlottetown, et Maryne Floch-Le Goff, ingénieure de formation qui travaille pour Actions Femmes Î.-P.-É., nous parlent de leur amour de la science et des défis pour attirer plus de femmes dans ce secteur.

 

L’une est chercheuse en agronomie, l’autre est ingénieure en aéronautique. Judith Nyiraneza et Maryne Floch-Le Goff, Prince-Édouardiennes d’adoption, ont en commun leur passion pour les sciences. Elles nous racontent leurs parcours et partagent leurs visions.

 

D’où vient votre intérêt pour les sciences?

 

Judith Nyiraneza : J’ai toujours beaucoup aimé les sciences car elles permettent de comprendre la complexité du monde qui nous entoure. À l’école, je me suis d’abord intéressée à la botanique. Je me rappelle des expériences scientifiques que nous réalisions, notamment celle visant à comprendre ce qu’est la chlorophylle. J’ai également été attirée par la pharmacie, avant de m’orienter vers l’agronomie. Car d’où je viens, au Rwanda, l’agriculture a toujours été quelque chose de très important. Et c’est un bon équilibre, une discipline qui touche à tout, la chimie, la
biologie, la physique. Donc après un bac en agronomie en Italie, quelques années à l’Université nationale du Rwanda, une maîtrise aux États-Unis, j’ai obtenu un doctorat à l’Université Laval à Québec et je suis arrivée à l’Île-du-Prince-Édouard en 2012. Je suis codirectrice scientifique du programme «Laboratoire vivant» qui permet d’expérimenter des pratiques agricoles plus durables pour améliorer la santé des sols et la qualité de l’eau à l’Île.

 

Maryne Floch-Le Goff : À l’école, en France, j’avais des facilités en science et les mathématiques étaient ma matière préférée. À la maison, mes parents m’ont toujours dit que je pouvais faire ce que je voulais, qu’il n’y avait pas de métier masculin ou féminin. Alors à 16 ans, quand j’ai passé mon brevet d’initiation à l’aéronautique et fait une heure de vol dans un petit avion, je me suis dit : “c’est ce que je veux faire, je veux travailler dans l’aéronautique”. Après le lycée, je me suis naturellement orientée vers une école d’ingénieurs et j’ai travaillé cinq ans pour Aéroports de Paris dans le développement des infrastructures. Désormais installée à l’Î.-P.-É., je mets mes compétences de gestion de projets au service d’Actions Femmes. 

 

Comment expliquer que les femmes sont beaucoup moins nombreuses que les hommes à entreprendre des études supérieures scientifiques ou techniques?

 

Maryne Floch-Le Goff : Plusieurs facteurs jouent. Tout d’abord, les filles ne se reconnaissent pas dans les professions scientifiques car il n’y a pas assez de modèles de femmes ingénieures ou chercheuses auxquelles elles peuvent se rattacher. Elles sont aussi moins confiantes que les garçons dans leurs capacités et intériorisent des clichés en se disant que ces métiers ne sont pas faits pour elles. L’éducation genrée entretient l’idée que filles et garçons n’ont pas les mêmes goûts et compétences, ce qui justifierait des choix d’études supérieures différenciés.

 

Judith Nyiraneza : Il y a des femmes en science mais il faut reconnaître qu’en agronomie, on est une minorité. Beaucoup pensent que c’est un métier de gars et elles ne parviennent pas à s’y projeter.

 

Comment attirer plus de femmes dans ces professions?

 

Judith Nyiraneza : Il faut faire davantage d’interventions dans les écoles, sensibiliser dès le plus jeune âge. À mon niveau, je fais du mentorat auprès d’étudiants en agronomie. Tout au long de mon parcours, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes passionnées qui m’ont donné le goût des sciences.  C’est à mon tour de passer le flambeau à la jeune génération.

 

Maryne Floch-Le Goff : Il faut ouvrir plus de perspectives, présenter aux jeunes des métiers qu’elles ne connaissent pas. Et leur dire que ces métiers, elles peuvent les exercer. En parallèle, il faut mettre en avant plus de modèles de femmes scientifiques.

 

Qu’avez-vous envie de dire aux filles qui hésitent à se lancer dans des carrières scientifiques?

 


Judith Nyiraneza : Elles ne doivent pas hésiter à faire ce qu’elles aiment. Rien que dans les sciences agronomiques, il y a tellement d’opportunités et c’est tellement gratifiant. Si elles foncent, elles finiront par être agréablement surprises. Maryne Floch-Le Goff : Il ne faut pas qu’elles pensent que c’est un milieu réservé aux hommes. Les femmes ont autant de capacités. Si c’est leur passion, elles ne doivent pas se mettre de barrières. 

 

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