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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 25 août 2020

- Jacinthe Laforest

Mariepaule Bijoux fait partie des intervenantes citées dans cet article.

 

Le jeudi 20 août, un article a été publié sur les plateformes de l’organisme Actions Femmes Î.-P.-É.  En présentation, une photo de Nicole Yeba de Summerside sur laquelle on peut lire : «On finit par voir notre couleur de peau comme une tache», une phrase tirée du témoignage de Mariepaule Bijoux.  En sous-texte on lit : «Microagressions, racisme brutal, des femmes de l’Île-du-Prince-Édouard racontent leur quotidien, parfois destructeur.  Elles espèrent que la conversation sur la question raciale, ouverte avec le mouvement Black Lives Matter, ne se refermera pas.»   Et c’est aussi ce que souhaite Johanna Venturini, directrice générale d’Actions Femmes Î.-P.-É., qui a pour mandat, entre autres, d’actualiser et restructurer l’organisme.

 

«La préparation de cet article et sa publication s’inscrivent dans notre démarche de restructuration.  C’est un peu pour présenter les grands dossiers qui seront éventuellement portés par notre organisme.  Un de ces dossiers sera la sensibilisation aux différentes discriminations que peuvent vivre les femmes.  Dans ce 1er épisode, on s’intéresse au racisme que peuvent vivre les femmes noires dans la collectivité francophone», dit Johanna Venturini.

 

L’article est plus long que ce à quoi on est habitué.  Un avertissement souligne qu’il faut 15 minutes pour le lire.  «Nous ne savons pas comment ça va être accueilli ni même si les gens vont le lire.  Nous espérons que oui, et que des gens vont réaliser que certaines de leurs questions sont racistes et que les gens vont mieux comprendre ce qu’est le racisme systémique.  Ces femmes ont pris la parole pour expliquer toutes les conséquences que ça a sur leur vie et celles de leurs enfants, que ce soit le rapport à la police par exemple ou les petites phrases du quotidien qui peuvent sembler insignifiantes, mais qui sont, en réalité, extrêmement blessantes et surtout racistes».

 

Le meilleur exemple de cela est la fameuse question des origines : d’où viens-tu, vraiment? «Ce n’est pas pour mal faire, mais quand une personne noire nous dit qu’elle vient de la Nouvelle-Écosse, ou de Montréal, on cherche une autre réponse, qui a rapport avec la couleur de sa peau.  Comme si être Noir voulait forcément dire “qu’on ne vient pas du Canada”. 

 

D’ailleurs dans une vidéo qui accompagne l’article, Giselle Babineau-Jordan explique ce sujet et donne l’exemple de son mari noir, originaire de Nouvelle-Écosse et qui a découvert, en faisant de la généalogie, que sa famille vivait en N.-É. depuis six générations, et que du coup cette question “mais tu viens d’où, vraiment?” est juste ridicule», dit Johanna Venturini. 

 

Johanna Venturini, directrice générale d’Actions Femmes Î.-P.-É.  (Photo : J.L.)

 

Les personnes qui s’expriment dans l’article rédigé par Marine Ernoult de Charlottetown ont accepté de parler à cœur ouvert de situations qui les heurtent au quotidien, soit dans des cadres privés, soit dans des cadres plus publics. 

 

«Nous leur avons offert un cadre sécuritaire, dans la mesure du possible.  Et nous pensons que les lecteurs et lectrices vont comprendre que ce ne sont pas des accusations qui sont dirigées vers eux, mais des occasions d’apprendre, de s’améliorer, de se sensibiliser à une forme de discrimination, pour être plus réceptifs quant à d’autres formes de discrimination.  Au fur et à mesure que notre programmation va prendre forme à Action Femmes, ces dossiers serviront de lentilles permanentes pour améliorer notre vision de qui nous sommes et de ce que nous devons être, à l’époque du Black Lives Matter et du Me Too, mais également pour comprendre toute la diversité de notre communauté et devenir le plus inclusif possible». 

 

Le racisme n’est pas un sujet qu’on peut saisir en 15 minutes de lecture.  Les gens ont besoin de continuer à se parler pour se connaître.  Et face à une nouvelle personne, on est curieux, c’est normal.  Mais parfois, on est maladroit, on veut se montrer ouvert et on crée un malaise sans l’avoir voulu, et peut-être même sans en être conscient. 

 

Les personnes qui sont la cible de comportements racistes portent un fardeau déjà bien assez lourd, mais en plus, elles sont souvent obligées d’expliquer, de dire comment ça fait mal et même de convaincre la majorité, pas toujours réceptive. 

 

C’est pourquoi, selon Johanna, il est important aussi que la majorité blanche s’éduque sur ces questions, et de nombreuses ressources existent en ligne sur le sujet.  La future programmation d’AFIPE proposera également des activités de sensibilisation sur ce thème, mais d’autres associations le font déjà comme la PEI Black Cultural Society par exemple.

 

Tout le monde est invité à aller lire l’article sur les plateformes d’Actions Femmes Î.-P.-É. (afipe.ca) et à réagir sur les médias sociaux (d’une manière respectueuse), de manière à soutenir le dialogue. 

 

Actions Femmes prévoit de tenir son assemblée générale annuelle en octobre et l’organisme prévoit aussi de publier un second article sur un autre sujet d’actualité, également en octobre.

 

Nicole Yeba, de Summerside, et Deb O’Hanley, de la région de Charlottetown, ont toutes deux accepté de participer à cet article pour aider la majorité «blanche» à comprendre ce qu’elles vivent.

 

Gisèle Babineau-Jordan a longtemps choisi de se taire devant des comportements racistes.  Plus maintenant.  (Photos : Marine Ernoult)

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