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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 17 juin 2020

 - Par Jacinthe Laforest

 

Après la manifestation antiracisme qui a réuni des milliers de personnes à Charlottetown le vendredi 5 juin, la manifestation qui a réuni quelques dizaines de personnes à Summerside le mardi suivant a fait piètre figure.  «Je suis déçu du petit nombre de personnes», a avoué un manifestant Noir, entouré de sa famille. 

 

Giselle Babineau-Jordan et sa fille Mélodie ont pris part à la manifestation à Summerside, tout comme à celle de Charlottetown. 

 

«Je suis nerveuse à l’idée de rentrer dans des commerces où le nombre de personnes est limité.  J’ai mis mes craintes de côté et je suis allée manifester à Charlottetown parce que je ne veux plus me taire», dit l’Acadienne dont le mari, Darcy Jordan, est un Noir natif de la Nouvelle-Écosse qui vit à l’Î.-P.-É. depuis 25 ans. 

 

«Dans ma vie, dit-il, j’ai été victime de comportements réellement racistes deux fois : une fois à Charlottetown et une fois à Summerside.  Que le racisme soit dirigé contre moi, je gère, mais lorsqu’il vise ma femme, comme lors de l’incident qui s’est produit à Summerside, alors que nous étions ensemble depuis 10 ans, ça m’a atteint plus profondément que jamais auparavant», a dit Darcy Jordan.  Sa femme Giselle avoue que vivre cet incident de «première main» l’a déstabilisée d’une manière qui lui était inconnue.

 

Dans sa vie professionnelle, dans sa vie familiale élargie, dans sa vie sociale, il arrive que Giselle choisisse de garder le silence, si elle est témoin d’un propos ou d’un geste à connotation raciste.  Mais plus maintenant.

 

«J’ai pris le risque d’aller me mêler à la foule à Charlottetown parce qu’il y a des sujets et des valeurs qui méritent qu’on se batte pour eux.  Par la suite, j’ai vu de nombreux messages sur Facebook de gens qui disaient avoir été privés de leur droit d’aller au restaurant ou de leur droit à une graduation, alors que nous avions eu le droit de manifester.  On manifeste pour des droits de la personne fondamentaux, pas pour des petits privilèges.  Les commentaires de cette sorte prouvent que les gens ne savent pas ce dont ils parlent, et ils ne se rendent probablement pas compte qu’ils sont offensants.  Ils ont besoin de le comprendre, alors maintenant, je parle», affirme Giselle Babineau-Jordan dont le panneau de manifestation dit «Silence ends with ME» (Le silence finit avec MOI).

 

La fille de Giselle et Darcy, Mélodie, était plus timide que ses parents face aux médias.  Cependant, son panneau était chargé de messages : «On a dit que les vies des Noirs comptaient.  On n’a jamais dit que seules les vies des Noirs comptaient», pouvait-on lire entre autres sur son affiche très chargée. 

 

 

Parmi les manifestants, Kels Smith avait créé deux images, une du désormais célèbre Georges Floyd, et une autre d’une inconnue, Breonna Taylor.  Interrogée sur l’identité de cette dernière, Kels Smith a expliqué, dans un excellent français, que la jeune femme a été tuée par des policiers à son propre domicile à Louisville aux É.-U. le 13 mars dernier, et qu’à la lumière des récents événements, une enquête a été rouverte pour déterminer les circonstances exactes de sa mort. 

 

Malgré le très mauvais système de son disponible sur le parvis de l’hôtel de ville de Summerside, il a été possible de capter quelques propos, entre autres ceux de Jeremy Bernard, qui a vécu pratiquement toute sa vie à l’Île.  «Si vous pensez que le racisme est un phénomène qui se produit loin d’ici, ouvrez les yeux, ça se produit ici aussi.».  Admettant qu’il a eu des petits accrochages avec les «forces de l’ordre» en grandissant, il assure aussi qu’il a souvent été interpellé sans raison valable. 

 

Sur son panneau qu’il brandissait, il était écrit : «Ceci n’est pas une simple mode, c’est un mouvement».  Il a dit craindre que l’indignation que les gens ont ressentie à la suite des événements aux États-Unis, allait disparaître graduellement.  «Si vous n’êtes pas indignés, c’est que vous n’êtes pas assez attentifs», a-t-il insisté. 

 

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