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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 2 mai 2020

- Par Marine Ernoult

Malgré la pandémie, Lucia Arsenault n’a jamais voulu arrêter de travailler au Chez-Nous : «Il faut être là pour prendre soin des personnes âgées, les rassurer.»

 

NDLR : Actions Femmes Î.-P.-É., vous présente les chroniques «Femmes des premières lignes», des portraits de femmes qui occupent des emplois essentiels pendant la pandémie.  Des chroniques pour mettre des visages sur ces métiers de l’ombre, bien souvent peu reconnus, parfois même très précaires et principalement occupés par des femmes.  En donnant la parole à ces travailleuses, nous souhaitons valoriser ces métiers afin d’apporter un peu plus de reconnaissance à ces femmes essentielles, que ce soit pendant la pandémie ou en temps normal.

 

Depuis dix ans, Lucia Arsenault s’occupe des personnes âgées à la coopérative Le Chez-Nous. En pleine pandémie de coronavirus, l’aide aux soins n’a jamais cessé le travail malgré la peur de contaminer les aînés.

 

«J’ai toujours aimé ça, travailler avec le monde âgé, c’est ma nature, je ne sais pas comment l’expliquer, confie Lucia Arsenault dans un sourire. J’aime écouter parler les aînés, ils ont toujours de belles petites histoires à raconter.» Il est 6 h et l’aide aux soins de 58 ans commence sa journée au Chez-Nous à Wellington. «Chaque jour, je suis impatience de retrouver les résidents», témoigne l’Acadienne qui travaille au foyer de personnes âgées depuis dix ans. Elle se prépare, gants, masque et gel hydroalcoolique à portée de mains. Pendant douze heures, avec ses 24 autres collègues, elle va s’occuper des 48 pensionnaires. «On a des pauses mais si quelqu’un a besoin de nous, on doit être là pour répondre et ça, à n’importe quel moment», explique-t-elle.

 

Chaque matin, le rituel est le même. Faire les lits, la toilette des résidents, les préparer, leur donner le déjeuner. Le reste du temps, «on essaie de faire beaucoup d’activités, de jeux, pour les tenir bien occupés», raconte Lucia Arsenault. «Surtout depuis qu’on est confinés pour qu’ils gardent un bon moral», poursuit l’aidante. Bingo, jeux de quilles, travaux manuels, «n’importe quoi qu’on peut penser», plaisante-t-elle. Lorsqu’elle travaille de nuit, de 18 h 30 à 6 h 30, elle distribue les médicaments et effectue des rondes toutes les deux heures pour s’assurer que tout va bien dans les chambres. «Le soir, c’est plus la misère car on est moins nombreux», glisse-t-elle. 

 

Les personnes âgées, sa deuxième famille

 

Avec la crise sanitaire, Lucia Arsenault a travaillé la peur au ventre malgré toutes les précautions prises par la direction du Chez-Nous. Angoissée de contaminer les personnes âgées, sa «deuxième famille». Stressée de journées qui ne ressemblent plus du tout à celles d’avant la crise avec les portes d’entrée du foyer barrées, les visites interdites. «Je dois vraiment prendre garde à ce que je fais et où je vais pour ne pas ramener le virus au foyer, faut tout le temps penser à deux fois avant d’aller faire les courses», raconte l’aide aux soins. 

 

Arrêter de travailler? Impensable pour celle qui a tissé des liens forts avec les résidents. «On ne peut pas les laisser tomber, ils sont déjà inquiets pour leurs proches qu’ils ont seulement par FaceTime ou téléphone, souligne-t-elle. Il faut être là pour prendre soin d’eux, les rassurer.» 

 

«Oh oui, je m’occupe de tout»

 

En plus d’être en première ligne de la pandémie, Lucia Arsenault doit aussi gérer toutes les tâches domestiques chez elle. Quand elle termine son travail au Chez-Nous, l’aide aux soins entame une deuxième journée à la maison, un second emploi invisible. Ménage, rangement, courses, préparation des repas, une charge mentale qui continue de peser sur ses épaules déjà encombrées. «Oh oui, je m’occupe de tout, et je n’ai pas beaucoup d’aide, je fais pas mal tout toute seule», réagit-elle. 

 

Son mari, pêcheur, et ses deux enfants de 20 et 30 ans, qui vivent encore à la maison, s’investissent peu. «Parfois, ils essayent de faire quelques petites choses mais c’est pas toujours ce que je leur demande, regrette Lucia Arsenault. J’ai tout le temps fait et ils savent que je continuerai, donc ils ne s’embêtent pas trop pour donner un coup de main.» À l’avenir, l’Acadienne aimerait que ça change. «C’est dur de gérer à la fois mon travail à la maison et au Chez-Nous», lâche-t-elle. Après deux mois de crise, elle reste fière d’avoir réussi à mener les deux de front, «d’avoir été là pour aider les personnes âgées».

 

 

«J’aime écouter parler les aînés, ils ont toujours de belles petites histoires à raconter», témoigne Lucia Arsenault, aide aux soins depuis dix ans à la coopérative Le Chez-Nous à Wellington.

 

Lucia Arsenault en compagnie de son mari Georges et de sa fille Chrystel. (Photos : Gracieuseté)

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