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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 19 mars 2020

- Par Laurent Rigaux

 

Quatre mois ou 120 jours. C’est le temps qu’il reste à vivre, en moyenne, à six personnes sur 10 à qui on diagnostique un cancer du pancréas. La maladie n’est pas commune, mais elle est fulgurante. Au Canada, on estime qu’en 2019, 5 800 nouvelles personnes ont été touchées et que 5 200 en sont mortes ou vont en mourir. Un nouveau rapport fait le point sur la situation à l’Île-du-Prince-Édouard.

 

Le document, écrit par le docteur Carol McClure, épidémiologiste chargée de la surveillance du cancer à l’Î.-P.-É., a été publié en janvier. Il est disponible en français et fournit de nombreuses statistiques sur cette maladie. Au cours des dix dernières années par exemple, 221 cas de cancer du pancréas ont été diagnostiqués à l’Île, soit une moyenne de 22 par an, un chiffre en augmentation. «Le nombre suit la croissance de la population qui devient aussi plus âgée», explique la spécialiste. Le risque s’accroît en effet avec l’âge et la maladie touche davantage les hommes.

 

«C’est une nouvelle que tu veux pas avoir»

 

Sur les 22 cas diagnostiqués annuellement à l’Île, 17 meurent des complications de la maladie, dont une bonne partie la première année. La femme de Roger Gallant, Shirley, fait partie des victimes. «Ça fait un an cette semaine qu’on lui avait diagnostiqué le cancer du pancréas, explique l’ancien banquier. Elle est partie le 27 juin.»

 

Le diagnostic est souvent trop tardif. Plus de la moitié des cas détectés à l’Î.-P.-É. le sont au stade 4, soit quand le cancer s’est métastasé et répandu dans d’autres régions du corps. Seuls 7 % des patients diagnostiqués au stade 3 ou 4 survivent plus d’un an, note le rapport. «C’est une nouvelle que tu veux pas avoir, parce que tes chances ne sont pas bonnes», raconte Roger Gallant, l’œil toujours tourné vers le portrait de Shirley. 

 

L’enjeu réside donc dans le dépistage précoce de la maladie. Problème : les symptômes sont rares aux premiers stades et ne sont pas spécifiques. «Douleurs à l’abdomen, perte de poids, impression d’avoir l’estomac plein», liste Roger Gallant, qui a aidé le Dr McClure à l’élaboration du rapport. «Les douleurs, ça peut être n’importe quoi, poursuit-il. La perte de poids de ma femme est arrivée après Noël, lorsqu’on sortait des fêtes, on ne s’est pas inquiétés.»

 

De nombreuses méthodes pour effectuer un dépistage plus précoce sont actuellement à l’étude, mais aucune n’a dépassé le stade de la recherche, selon le rapport. 

 

Le tabac, l’obésité et le reste

 

En février 2019, Shirley Gallant multiplie les examens, prises de sang et radiographies, sans résultats. Le diagnostic du cancer est finalement posé à la fin du mois, après un échographie. Les rendez-vous s’accumulent : Moncton, Halifax, Charlottetown. Shirley Gallant enchaîne les examens complémentaires pour commencer une chimiothérapie, réduire la tumeur et espérer une chirurgie. «Le 6 mai, ils nous ont dit que ce ne serait pas possible». Un mois plus tard, elle entre à l’hôpital pour une infection du sang ; elle n’en sortira pas. 

 

Roger Gallant fouille dans ses innombrables papiers et en sort un schéma du pancréas. Il explique avec détails les risques des opérations : telle veine est trop proche, telle artère pose problème. L’homme s’est lancé à corps perdu dans la sensibilisation du public, en s’appuyant sur l’organisme Craig’s Cause, basé en Nouvelle-Écosse. 

 

«Ce cancer existe! tient-il à faire savoir. Les gens le connaissent mal et les médecins aussi.» Carol McClure en convient : «On connaît mieux les cancers du sein, du poumon ou le colorectal, qui touchent plus de monde.» 

 

Des études sont en cours pour mieux déterminer quels sont les facteurs de risque non modifiables, c’est-à-dire autres que le tabac, l’obésité ou le manque d’activité physique, qui sont des risques bien connus. «Ma femme n’avait jamais fumé et n’était pas obèse, assure Roger Gallant. La question est là : pourquoi? On ne saura jamais.» Les antécédents familiaux, les mutations génétiques et certains troubles médicaux, dont le diabète et la pancréatite, sont notamment suspectés. 

 

À l’Î.-P.-É., le nombre de cas par habitant a tendance à diminuer, si on enlève l’âge de l’équation. Cela signifie-t-il que les Insulaires fument moins et font plus de sport que par le passé? «On ne sait pas, prévient Carol McClure. La population de l’Île est petite, donc il faut prendre les variations statistiques avec des pincettes.» 

 

Selon des projections plus vastes, le cancer du pancréas deviendra la troisième cause de décès par cancer au Canada dans les années à venir. Roger Gallant, lui, va continuer à s’impliquer : «C’est aussi thérapeutique pour moi.» 

 

«Ce cancer existe», tient à faire savoir Roger Gallant. Le public et les médecins connaissent souvent mieux le cancer du poumon, le cancer du sein ou le cancer colorectal, plus répandus.  (Photos : Laurent Rigaux)

 

Roger Gallant a accumulé une vaste documentation sur le cancer du pancréas, malgré lui. C’est le décès de son épouse l’année passée qui l’a poussé à s’impliquer pour mieux comprendre la maladie et sensibiliser le public.

 

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