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Le 11 décembre 2019

- Par Jacinthe Laforest

Roger Gallant a travaillé toute sa vie dans le domaine de la finance, d’abord dans les grandes banques, puis à Yellowknife dans le gouvernement des Territoires du Nord Ouest, pour finir sa carrière par 13 années à l’emploi de la Caisse populaire de Tignish, avant de prendre sa retraite à Panmure Island, avec son épouse Shirley.  Depuis le départ de celle-ci, en juin dernier, emportée par le cancer du pancréas, il s’est investi dans l’éducation et la sensibilisation du public mais aussi de la communauté médicale, à propos de ce cancer qui, même s’il est beaucoup moins fréquent que d’autres, est tout de même le troisième plus mortel au Canada.  (Photo : J.L.)

 

À partir du début de l’année 2019, Roger Gallant en a appris beaucoup sur le cancer du pancréas et ce n’est pas par choix.  Le 27 juin dernier, ce cancer a emporté sa femme, quelques mois seulement après le diagnostique initial.

 

Shirley Ann Mary Gallant n’avait jamais été malade.  Lorsqu’elle a commencé à ressentir de la douleur à l’abdomen, au début du mois de février 2019, elle est allée consulter son médecin.  Les prises de sang et les rayons X n’ont rien détecté.  De cette première visite chez le médecin, jusqu’au 23 février, Shirley s’est présentée plusieurs fois à l’hôpital, toujours avec des douleurs, et chaque fois, les rayons X n’ont rien détecté. 

 

«Le 23 février, elle m’a réveillé au milieu de la nuit.  La douleur était insupportable.  On est allés à l’hôpital.  Les tests de sang n’étaient pas bons.  Ils lui ont fait passer un ultrason et au bout d’une heure, le médecin nous a annoncé que c’était un cancer du pancréas».

 

À partir de cette journée-là, Roger Gallant a accompagné sa femme dans sa maladie, a vécu avec elle ses quelques espoirs ainsi que ses déceptions.  «Pendant quelques semaines, on a cru qu’elle pourrait se faire opérer, mais ses traitements de chimiothérapie n’ont pas donné les bons résultats et le 6 mai, on lui a annoncé qu’elle ne pourrait pas avoir l’opération.  C’est la seule fois que je l’ai vue découragée.  Je savais qu’elle savait que son futur n’était plus tellement long.  Le 8 mai, je l’ai ramenée à notre résidence d’été de Panmure Island et on a vécu un bon mois ensemble.  Elle avait mal, mais avec les services de soins à domiciles, on a pu passer un bon mois tranquille, jusqu’au 6 juin.  Cette journée-là, elle s’est mise à faire de la fièvre.  J’ai tout de suite appelé une ambulance.  Elle avait une infection dans le sang.  Elle est entrée à l’hôpital et n’en est plus ressortie».

 

Quatre jours de grâce

 

C’est avec beaucoup de sérénité que Roger Gallant raconte les derniers jours de son épouse sur la terre, et en particulier, ses quatre derniers jours où elle a semblé remonter la pente.  «Elle avait même recommencé à manger un peu.  Elle paraissait tellement bien que je croyais qu’elle avait vaincu son infection.  Mais les médecins disaient le contraire.  Pendant ces quatre jours, elle a pu dire au revoir à sa famille et ses amis.  Elle était 100 % consciente de tout ce qui se passait.  Puis, le 27 juin au soir, tout a été fini».

 

Roger Gallant ne croit pas que les quelques semaines entre les premiers symptômes ressentis par Shirley et son diagnostic auraient fait une différence dans son cancer.  «Même avec le recul, Shirley n’a jamais mentionné qu’elle ressentait le moindre inconfort.  Elle n’avait pas de symptômes du tout.  Elle ne fumait pas, n’était ni obèse ni diabétique.  Elle n’avait donc aucun des facteurs de risque reconnus, qui sont d’ailleurs, des facteurs de risques assez généraux.  Un autre facteur de risque plus précis est si la personne a tendance à faire des pancréatites, mais c’est rare, et Shirley n’en avait jamais eu».

 

Depuis le décès de sa femme, Roger Gallant a continué d’en apprendre plus sur l’incidence du cancer du pancréas.  Il a découvert l’organisation Craig’s Cause, une ressource incroyable reliée à la Société canadienne du cancer qui a pour mandat d’aider les personnes atteintes de ce cancer et leurs familles à apprivoiser leur situation. 

 

Le cancer du pancréas est encore mal connu

 

Par ses contacts, il a appris qu’au cours des deux derniers mois, une demi-douzaine de personnes, au moins, était décédée de ce cancer, et avait survécu seulement de deux semaines à 60 jours, après leur diagnostic.  «Et ce qui me dérange c’est que ces personnes avaient entre 30 et 50 ans, alors que le cancer du pancréas est censé se déclarer beaucoup plus tard».

 

Les personnes qui survivent plus de 5 ans à ce cancer sont celles chez qui le cancer a été détecté par accident.  Roger Gallant connaît l’histoire de cet homme dont le cancer a été détecté lors d’une opération de la vésicule biliaire.  «C’était au début et il a été sauvé…»

 

Tout en admettant qu’il n’ait pas de connaissance médicale et qu’il n’est surtout pas médecin, Roger Gallant recommande tout de même aux personnes qui ressentent des douleurs dans le haut du ventre de demander et même d’exiger de passer un ultrason.  «Si le médecin est obligé de passer le rayon X, laissez-le faire et demandez un ultrason», dit-il. 

 

Plusieurs membres de la famille de Roger ont eu maille à partir avec le cancer.  Sa sœur est décédée il y a presque quatre ans d’un mélanome.  Sa mère Évangéline Gallant a elle aussi reçu un diagnostic de cancer, et au moins deux de ses tantes, du côté de sa mère, ont été emportées par un cancer.  La réalité du cancer n’est certes pas étrangère à Roger Gallant, mais il a été frappé par la rapidité avec laquelle le cancer du pancréas peut agir.   

 

«Dernièrement, j’ai rencontré des gens de Santé Î.-P.-É.  Je suis en contact avec  d’autres personnes pour recueillir des informations, et j’ai aussi communiqué avec notre médecin.  Je lui ai dit que j’aimerais jaser avec lui, de tout ceci.  Il m’a dit qu’il aimerait ça, et qu’il craignait cependant, que j’en sache plus que lui sur la maladie.  Le cancer du pancréas n’est certainement pas la première chose que les médecins suspectent lorsque quelqu’un se présente avec des douleurs à l’abdomen.  J’espère que ça va changer», dit Roger Gallant. 

 

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