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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 25 janvier 2019

Entrepreneur de Rustico-Nord, Gabriel Mercier a dû retarder ses projets d’expansion parce que le CPE Les Petits rayons de soleil a perdu des éducatrices.  On le voit avec son fils aîné Marcel, sa femme Deirdre et la mère de cette dernière, Joan Doiron. 


Le tout premier des six rallyes communautaires pour les CPE de l’ensemble de l’Île-du-Prince-Édouard a réuni à Rustico un grand nombre de familles tant anglophones que francophones. 


Le but de ces rallyes est de propulser le secteur de la petite enfance et en particulier, les salaires des éducateurs et éducatrices, au premier rang des préoccupations des citoyens, en vue de la prochaine campagne électorale provinciale. 


«Ce n’est pas surprenant que le secteur de la petite enfance ne soit jamais considéré à sa juste importance lors des campagnes électorales.  Les politiciens travaillent sur un horizon de quatre ans, ce qui correspond à la période de fréquentation des CPE, jusqu’à la maternelle, à 5 ans.  Il faut changer cela», a insisté Kathleen Couture, directrice de l’Association des CPE francophones. 


Bien que les six rallyes soient prévus dans les centres scolaires et communautaires francophones, la campagne est bel et bien provinciale.  «Les médias n’arrêtent pas de dire que c’est un enjeu francophone et ce n’est pas le cas.  C’est un enjeu provincial.  Toutes les éducatrices devraient avoir un salaire décent, qui correspond au travail, aux responsabilités et à la formation professionnelle qu’elles ont reçue», a insisté Claudette Gallant, qui est la coordonnatrice de projets à l’Association francophone. 


L’«Early Childhood Development Association» (ECDA) est partenaire de la campagne et a produit des outils pour aider les citoyens à engager la conversation avec les candidats des partis politiques qui vont faire campagne d’ici quelques mois pour gagner des votes.  Ces outils ont été traduits en français et sont très largement distribués lors des rallyes et par l’entremise du Web. 


Cela étant dit, la situation et plus urgente chez les francophones.  Au cours des trois dernières années, on estime que 60 anglophones ont obtenu un diplôme en petite enfance, contre 2 chez les francophones, pour la même période. 


«Le gouvernement met de l’argent dans la création de beaux espaces, mais ces espaces ne servent à personne tant que nous n’avons pas d’éducatrices et nous n’aurons pas d’éducatrices tant que nous ne pourrons pas leur offrir de meilleurs salaires.  Actuellement, grâce à l’aide de Compétences ÎPÉ, nous avons sept étudiantes en formation, qui obtiendront leur diplôme en 2020.  En échange de leur formation gratuite au Collège de l’Île, elles se sont engagées à travailler deux ans dans nos CPE francophones.  Nous espérons que d’ici leur fin d’études, ou même, d’ici la fin de leur contrat, nous aurons réglé la question des salaires, pour pouvoir les garder», a insisté Kathleen Couture. 


Ce n’est pas par hasard si le premier rallye a eu lieu à Rustico.  Durant les derniers mois, le centre a dû largement diminuer son service, en raison du départ de deux éducatrices.  L’une d’elles a décidé de profiter de l’offre de formation gratuite au Collège de l’Île.  C’est une bonne nouvelle, mais son départ a eu des répercussions désastreuses sur le CPE et ses clients. 

«Pour notre famille et pour mon entreprise, cela a occasionné un grand bouleversement», a insisté Gabriel Mercier, entrepreneur, qui avait prévu de consacrer les mois d’automne et l’hiver à son projet de fromagerie, pour être en production à temps pour la saison estivale. 


«Ma femme Deirdre, travaille au gouvernement fédéral.  Moi, je me suis retrouvé à la maison à garder nos deux enfants de 2 et 4 ans tout l’automne.  J’ai manqué une pleine saison de production et de vente.  Je n’ai pu faire aucun marché de fermiers», a-t-il dit.


Ce n’est donc pas surprenant qu’avec sa famille, il ait tenu à participer au rallye du 19 janvier, comme d’autres parents.  Parmi ceux-ci, il y avait Alana McInnis, mère de trois enfants de 7 ans, 4 ans et de 23 mois.  «Je suis une des chanceuses, car lorsque le CPE a réduit ses activités ici à Rustico, j’ai pu trouver une place à l’Île enchantée, au Carrefour de l’Isle-Saint-Jean. 


Autant Gabriel qu’Alana que tous les autres parents présents comprennent que, sans de meilleurs salaires et de meilleurs avantages sociaux, les éducatrices et les éducateurs seront toujours à la recherche de meilleures conditions de travail et de meilleures conditions salariales. 


«Une de nos éducatrices avec une belle formation a décidé de devenir concierge.  Elle gagne plus d’argent.  Plusieurs éducatrices décident de devenir assistantes en éducation.  Elles ont des horaires moins chargés, elles ont moins de responsabilités, et elles gagnent 7 $ de plus l’heure.  On ne peut pas les en blâmer», dit Kathleen Couture. 

Tim Jones, sa femme Magdalena Mahlstedt et leur fils de 18 mois ont quitté le Royaume uni pour venir s’établir ici.  «J’ai été surpris de constater à quel point c’était difficile de trouver un service de garde.  Les listes d’attente ne donnent rien.  Nous avons été chanceux de trouver le CPE à Rustico, et bien plus encore, de conserver notre place.  Je ne comprends pas que le gouvernement ne semble pas voir le problème».




«C’est très difficile de trouver un service de garde.  Il y a des places, mais pas assez d’éducatrices.  Je veux que les éducatrices aient de meilleurs salaires et que les indexations se fassent automatiquement, sans avoir à le demander», dit Anna Keenan.


Jennifer Gallant est la directrice et la seule éducatrice, actuellement, au CPE Les Petits rayons de soleil.  (Photos : J.L.)


- Par Jacinthe Laforest

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