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Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Mario Levesque est professeur de sciences politiques à l’Université Mount Allison, au Nouveau-Brunswick.  (Photo : Gracieuseté)

Les progressistes-conservateurs ne font plus recette à l’Île-du-Prince-Édouard. Dans un récent sondage, la cote de sympathie du gouvernement de Dennis King tombe à 47 %. Une forte baisse attribuable à la crise du système de santé selon les analystes, qui observent également un Dennis King plus agressif.

À l’Île-du-Prince-Édouard, la popularité du gouvernement de Dennis King est en net recul. Selon le dernier sondage Narrative Research, seulement 47 % des Insulaires se disent satisfaits des progressistes-conservateurs au pouvoir, contre 66 % en novembre dernier. 

Don Desserud, politologue à l’Université de l’Î.-P.-É., y voit une part de la «fatigue habituelle» du corps électoral : «Les gens se lassent assez vite et les gouvernements ne peuvent pas y faire grand-chose.»

Selon lui, «la lune de miel avec les électeurs» est terminée et une nouvelle «période de questionnements» commence.

Le politologue attribue le mécontentement des insulaires à la crise du système de santé. Il évoque les quelque 38 000 résidents qui attendent un médecin de famille, les départs de Santé Î.-P.-É. qui se multiplient, les hôpitaux et les services d’urgence continuellement fermés, la polémique autour de la nouvelle école de médecine. 

«Les gens ont été patients, compte tenu de la pandémie de COVID-19 et des deux ouragans qui les ont frappés depuis 2019, mais leur patience est maintenant à bout, ils veulent de vrais changements», souligne Don Desserud. 

Dennis King, pas aussi calme à l’assemblée

«Tous les problèmes de la santé rappellent constamment aux électeurs que le gouvernement n’a pas de plan et pas de réponse à donner», poursuit Mario Levesque, professeur de sciences politiques à l’Université Mount Allison, au Nouveau-Brunswick. 

Ce dernier note également un changement d’attitude de Dennis King par rapport à son premier mandat : «Avant, il voulait collaborer avec les autres partis, aujourd’hui, il est toujours enragé à l’assemblée.»

Aux yeux de Mario Levesque, le premier ministre a du mal à supporter la pression des «gros dossiers devant lui» : «Il se sent coincé et se met à attaquer les autres formations, mais ça ne renvoie pas une bonne image.»  

Les deux analystes s’interrogent par ailleurs sur l’impact du bras de fer entre le gouvernement et les 600 travailleurs immigrants, qui contestent la nouvelle politique d’immigration provinciale.

«Il est difficile de dire à quel point cela peut leur faire du tort, je ne sais pas si les électeurs qui soutiennent traditionnellement les conservateurs ont beaucoup de sympathie pour ce mouvement», partage Don Desserud.

L’universitaire relève cependant que les progressistes conservateurs ont forcément pris des votes aux verts et aux libéraux lors du dernier scrutin, «et ces personnes-là sont très préoccupées par la situation.»

Un avis que partage Mario Levesque : «Dennis King peut donner une image de cœur glacé à certains habitants.»

L’inconnue des élections fédérales 

Quelle que soit la cote de sympathie de son parti, Dennis King maintient son avance comme choix de premier ministre : 36 % des répondants au sondage le plébiscitent.  «Ce qui lui donne un certain répit, c’est que les deux autres partis ne choisiront pas leur dirigeant permanent avant mars prochain», affirme Don Desserud. 

En l’absence de chef, l’opinion publique ne considère pas les verts et les libéraux comme capables de gouverner, explique-t-il. 

Alors que les prochaines élections sont seulement dans trois ans, la grande question est de savoir comment évoluera la popularité des progressistes-conservateurs.  

«Leur stratégie consiste à essayer de monter les partis d’opposition les uns contre les autres pour que l’attention soit focalisée sur eux, reste à voir si les Verts et les Libéraux tomberont dans ce piège», estime Don Desserud. 

Pour remonter dans les sondages, Mario Levesque considère, de son côté, que Dennis King doit davantage prendre en compte les besoins des insulaires et ne plus raisonner en termes de «gains politiques». 

«J’espère qu’il profitera de la saison des barbecues cet été pour faire une bonne pause et réfléchir à ses prochaines décisions», observe-t-il. 

L’autre grande inconnue, c’est l’incidence des élections fédérales en septembre 2025. Dans le cas d’une large victoire des conservateurs, les Prince-Édouardiens pourraient «se dire qu’il est bon de soutenir un parti conservateur au niveau local, pour obtenir des choses d’Ottawa», avance Don Desserud.  

Don_Desserud_2024.jpgDon Desserud est politologue à l’Université de l’Î.-P.-É. (Photo : Gracieuseté)

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