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04 mai 2022 Par Jacinthe Laforest / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
  Matthew Hardy est le directeur régional de la science pour Pêches et Océans.  Selon lui, la fermeture de la pêche au hareng n’est pas entièrement une surprise.  (Photo : Compte Linkedin de Matthew Hardy   -  https://ca.linkedin.com/in/matthew-hardy-3ab2496b)

À la fin du mois de mars 2022, Pêches et Océans a annoncé sa décision de fermer la pêche au hareng (et au maquereau bleu), une décision qui a consterné l’industrie.  Pour faire suite à ses articles précédents (13 avril et 27 avril) La Voix acadienne s’est entretenue avec le directeur régional de la science pour Pêches et Océans, Matthew Hardy.  

Biologiste, à l’emploi de Pêches et Océans depuis une vingtaine d’années, Matthew Hardy, qui a grandi à l’Île-du-Prince-Édouard, est aujourd’hui le directeur régional de la science à Pêches et Océans.  

Selon lui, la fermeture de la pêche au hareng n’est pas entièrement une surprise. «Nous surveillons le stock de hareng depuis 2002.  On utilise l’image des feux de signalisation (vert, jaune et rouge) pour catégoriser l’état des stocks et le hareng est dans le rouge depuis 2002.  On a pris des mesures pour tenter de donner une chance à la ressource, en réduisant les nombres des filets et les quotas et, malheureusement, on n’a pas vu le recrutement qu’on aurait aimé voir», dit le scientifique.  

En ce moment, le hareng du golfe n’est pas en voie d’extinction.  Mais on remarque que les poissons sont plus petits que leurs ancêtres du même âge.  «Les poissons ont un petit os dans l’oreille qui agit un peu comme les anneaux sur un tronc d’arbre et nous permet de déterminer l’âge d’un individu.  On remarque que, par exemple, un poisson de 7 ans pêché en 2020 est plus petit que ne l’étaient les poissons de 7 ans par le passé.  Ça nous dit que la ressource n’est pas en excellente santé.  Il n’y a pas de garantie que la fermeture de la pêche aura l’effet souhaité, mais on sait que le maintien de la pêche n’aidera pas le stock à se reconstituer», affirme Matthew Hardy.  

Le phoque est-il à blâmer?

Les pêcheurs soutiennent qu’ils récoltent moins de 2 % de la ressource disponible alors que les phoques et autres prédateurs prélèvent 70 % de la ressource.  Matthew Hardy ne nie pas ces chiffres, mais il tient à les remettre dans leur contexte.  «Cette donnée est basée sur un échantillonnage limité sur une période de temps et sur une partie de la population de hareng.  Deuxièmement, la chasse au phoque est permise.  Cependant, il n’y a pas suffisamment de pêcheurs/chasseurs et les quotas permis ne sont pas récoltés», précise le biologiste.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce désintéressement des chasseurs/pêcheurs de phoques.  L’instabilité grandissante de la couverture de glace augmente le quotient de danger de l’activité et, en plus, la pratique a été démonisée au point que des marchés d’exportation et la recherche de débouchés ont été presque entièrement bloqués.  

Le hareng est un poisson extrêmement important, car il est à la base de la chaîne alimentaire de nombreuses espèces.  «Il n’y a pas seulement le phoque, il y a le thon et d’autres espèces qui se nourrissent du hareng.  On veut donner une chance au stock de se refaire.  Comme je l’ai dit, il n’y a pas de garantie, mais si on avait quelques années particulièrement propices à l’espèce, on voudrait que les individus en âge de se reproduire soient en nombre suffisant pour profiter de ces bonnes conditions et augmenter sensiblement le recrutement.»

Matthew Hardy rappelle qu’après des années de faiblesse, le homard est revenu en force, même chose pour le sébaste, qui a été sous moratoire plusieurs années et qui fait une remontée significative.  

«On ne reste pas sans rien faire concernant le hareng.  On continue de surveiller et d’évaluer la santé des stocks.  Nous avons d’excellents partenaires dans l’industrie. On surveille aussi les stocks de maquereaux.  Pour le maquereau, on s’inquiète de ne pas trouver d’individus dans des classes d’âge supérieur en nombre suffisant.  C’est comme si on avait une école pleine d’enfants au primaire, mais personne au secondaire.  À long terme, ça pourrait avoir un grand impact sur le recrutement, surtout du maquereau, mais également chez le hareng, où on observe un peu le même phénomène.»

Évaluation des stocks de harengs

Matthew Hardy entend souvent les pêcheurs dire qu’il y a beaucoup de harengs.  «Ça peut être trompeur.  L’affaire c’est que lorsque le hareng se réunit à un endroit et qu’un pêcheur s’adonne à être là, il a l’impression qu’il y a beaucoup de poissons, mais c’est très localisé.  Ça ne veut pas dire que c’est comme cela partout», dit-il. 

harengs

 

À la fin du mois de mars 2022, Pêches et Océans a annoncé sa décision de fermer la pêche au hareng.  (Photo : Archives de La Voix acadienne)

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