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26 novembre 2021 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Le cerf de virginie représente l’espèce de cervidé la plus abondante aux états-unis avec environ 25 millions d’individus. (henry mulligan © wikimedia commons)

Une étude américaine rapporte que plus de 80 % des cerfs de Virginie, testés entre avril 2020 et janvier 2021 dans plusieurs régions de l’État d’Iowa, ont été exposés à la COVID-19.  Les chercheurs ont découvert que le virus circulait de l’homme au cervidé et se transmettait largement entre animaux.  Des découvertes qui pourraient avoir des conséquences importantes sur la persistance à long terme de la pandémie.

Le cerf de Virginie est sensible à la COVID-19 selon une étude américaine parue le 1er novembre dernier.  Des chercheurs de l’University Park (Pennsylvanie) ont prélevé des échantillons de sang chez 283 cervidés vivant dans plusieurs régions de l’Iowa entre avril 2020 et janvier 2021.  D’après les résultats, plus de 80 % d’entre eux ont contracté la COVID-19.

Les cerfs qui ont fait l’objet de cette recherche vivaient soit en liberté dans des espaces publics ou en zones périurbaines, ou encore résidaient en pleine nature ou en captivité dans des enclos réservés à la chasse.

Les résultats obtenus démontrent que le virus s’est transmis de l’espèce humaine au cerf à cause de différentes activités.  Les taux de positivité chez les cervidés ont ainsi été à leur plus haut entre septembre et décembre 2020, période qui coïncide avec la saison régulière de la chasse, et le pic des infections chez les humains dans l’Iowa. 

L’étude est également la première à mettre en évidence une diffusion étendue et continue du SARS-CoV-2 au sein d’une espèce animale sauvage, en l’occurrence chez le cerf de Virginie.

Potentiel réservoir animal, générateur de nouveaux variants

Reste à savoir quelles peuvent être les conséquences de ces découvertes.  On sait que la présence du virus dans un nouvel hôte peut faciliter l’émergence de nouvelles mutations et augmenter son pouvoir infectieux. 

Par ailleurs, de nombreuses espèces animales hébergent d’autres coronavirus, ce qui laisse entrevoir de possibles recombinaisons génétiques avec, à terme, l’émergence de souches potentiellement plus transmissibles, virulentes, pathogènes ou capables d’échapper au système immunitaire. 

Un tel exemple est survenu au Danemark.  La transmission du SARS-CoV-2 du vison d’élevage à l’homme a entraîné l’émergence d’un nouveau variant.  Le risque de propagation du SARS-CoV-2, de même que la crainte d’une extension des contaminations humaines à partir de ces animaux, avait incité le gouvernement danois à abattre immédiatement 17 millions de visons élevés sur son territoire.

Autre problème potentiel : la présence d’un réservoir animal peut fournir un refuge au virus à un moment où il est largement contré par l’immunité induite par le vaccin.  Il représente alors une menace latente en cas de réémergence dans la population humaine.  Celle-ci peut se produire de très nombreuses années plus tard et provoquer des épidémies chez des personnes jeunes n’ayant jamais été exposées au virus originel. 

Nécessité d’une surveillance continue de la faune

Ce scénario a été évoqué lors de l’émergence en 2009 du virus de la grippe A H1N1, souche apparentée à celle responsable de la pandémie en 1918 et à d’autres qui circulaient au début du XXe siècle.

Enfin, on ignore quelles seraient les conséquences pour l’homme, si le virus réussissait à franchir la barrière d’espèce dans le sens inverse, autrement dit du cerf à l’homme.  La prudence est donc de mise pour les chasseurs et les personnes vivant à proximité de cervidés.

Les auteurs de la recherche plaident en faveur de la mise en place un système de surveillance continue de la faune sauvage afin d’identifier des espèces animales sensibles à l’infection par le SARS-CoV-2.  D’autant plus que le cerf de Virginie, qui représente l’espèce de cervidé la plus abondante aux États-Unis, compte environ 25 millions d’individus et que la chasse au cerf est celle qui est la plus populaire chez les chasseurs américains. 

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