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06 octobre 2021 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Abdo Shabah est porte-parole de l’Association médicale canadienne. (Photo : Gracieuseté)

Après le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, c’est au tour de l’Île-du-Prince-Édouard d’avoir son passeport vaccinal, depuis mardi 5 octobre.  Les initiatives provinciales se multiplient au pays, quitte à susciter une certaine confusion.  Des experts appellent à harmoniser les mesures.

Le mardi 5 octobre, l’Î.-P.-É. a emboité le pas aux autres provinces de l’Atlantique et lancé son passeport vaccinal, le PEI Vax Pass.  Toute personne, de 12 ans et plus, doit désormais apporter une preuve de son statut vaccinal quand elle se rend au restaurant, à un événement artistique, à une manifestation sportive, ou encore à la gym, etc. Pour l’instant, il s’agit de montrer son carnet de vaccination, en version papier ou électronique.  Mais d’ici la fin octobre, une application de lecture de code QR devrait être disponible. 

À l’image du reste du pays, la région Atlantique se convertit en ordre dispersé aux passes sanitaires.  Le système, déjà entré en vigueur au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, sera effectif à Terre-Neuve-et-Labrador dans les jours à venir.  Cette approche, qui manque de cohérence, préoccupe l’Association médicale canadienne (AMC).  «Le dispositif est inutilement complexifié.  Nous craignons que cela ne décourage certains Canadiens d’utiliser un système censé les protéger», réagit Abdo Shabah, porte-parole de l’AMC.

Vigilance sur la protection des données personnelles 

Le médecin craint que la multiplication des passeports vaccinaux freine la mobilité interprovinciale.  Il s’interroge notamment sur la compatibilité entre provinces des futures applications, destinées à montrer et à lire le statut vaccinal.  L’AMC s’inquiète également de la protection des données personnelles et appelle à la vigilance sur leur conservation lors des contrôles. 

«Plus il y a d’applications et de partages avec des tiers, plus les informations privées que l’on communique sont vulnérables», affirme Abdo Shabah.  «Afin de limiter les risques, il faut réduire au minimum nécessaire les données personnelles transmises», poursuit Maude Laberge, professeure d’économie de la santé à l’Université Laval. 

L’AMC plaide pour un passeport unique à l’échelle du pays.  «Ce serait beaucoup plus sécurisé et pratique», défend Abdo Shabah.  De son côté, Maude Laberge pointe les problèmes juridiques que poserait une telle approche nationale : «La santé est une compétence provinciale, un passe ne pourrait pas être imposé par le fédéral».

Garder une version papier 

Les deux experts se rejoignent néanmoins sur le besoin criant d’une meilleure coordination entre les autorités provinciales.  «On a besoin d’un leadership fédéral pour encourager une harmonisation des pratiques, et ainsi éviter les doublons et les problèmes techniques», insiste Abdo Shabah.

En attendant la mise en place par Ottawa de normes canadiennes, les premiers ministres des provinces de l’Atlantique, réunis en Conseil le 28 septembre dernier, ont annoncé vouloir unifier leurs passeports vaccinaux, avec un QR code accepté et reconnu à travers les quatre provinces.  «On ne doit pas oublier de garder une alternative papier sous peine d’aggraver la fracture numérique, observe Maude Laberge.  Tout le monde n’a pas un téléphone intelligent avec les applications adéquates». 

Se pose également la question de la preuve fédérale unique pour voyager à l’étranger.  Annoncée par le premier ministre Justin Trudeau début septembre, sans date précise, elle est accueillie favorablement par Abdo Shabah : «Une telle preuve sera plus crédible et plus facilement reconnue lorsque les Canadiens se rendront à l’international».

Maude Laberge est professeure d’économie de la santé à l’Université Laval.  (Photo : Gracieuseté)

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