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30 septembre 2021 Par Propos recueillis par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Don Desserud est politologue à l’Université de l’Î.-P.-É. (Photo : Gracieuseté)

Le scrutin fédéral du 20 septembre a confirmé la domination des libéraux à l’Île-du-Prince-Édouard.  Le parti de Justin Trudeau a en effet remporté tous les sièges dans la province.  Si les conservateurs ont terminé deuxièmes dans les quatre circonscriptions, le vote vert s’est effondré.  Le politologue Don Desserud revient sur les résultats. 

À l’issue des élections fédérales du 20 septembre, les libéraux de Justin Trudeau ont conservé toutes leurs circonscriptions à l’Île-du-Prince-Édouard. C’est la neuvième fois en onze élections.  Le parti conservateur échoue à prendre Charlottetown et Egmont, tandis que les verts ne parviennent toujours pas à reproduire leurs succès provinciaux à l’échelle nationale.  Don Desserud, politologue à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, partage son analyse des résultats. 

Que retenez-vous de ce scrutin à l’Î.-P.-É.? 

L’Île reste un solide bastion libéral.  Au niveau des autres partis, je suis surpris par le vote en faveur des verts qui s’est littéralement effondré.  Je ne pensais pas que les polémiques nationales au sujet du leadership de la cheffe, Annamie Paul, se traduiraient par une telle perte de voix dans la province.  Il semble que les électeurs libéraux qui avaient temporairement voté pour les verts ont décidé de redonner leur soutien au parti de Justin Trudeau. 

C’est de mauvais augure pour les verts, dans la perspective des prochaines élections provinciales.  Le Nouveau Parti démocratique est également en difficulté.  Les néo-démocrates ont néanmoins réussi à être compétitifs à Charlottetown et à Cardigan où ils ont fini en troisième position devant les verts.

Un autre fait intéressant, ce sont les bons scores des conservateurs, en particulier à Malpeque et Charlottetown.  Cela montre que la ligne, entre le parti conservateur et le parti progressiste-conservateur, est officiellement effacée, on peut désormais dire qu’ils bénéficient des mêmes soutiens.  Le positionnement national d’Eric O’Toole, qui a tenté d’être plus à gauche pendant sa campagne, a également aidé le parti conservateur à gagner des voix à l’Î.-P.-É. 

Comment expliquer un tel succès des libéraux?

Dans une petite province comme l’Î.-P.-É, les électeurs connaissent leurs députés.  Ils ont donc une attitude différente quand vient le temps des élections.  Ils sont avant tout attachés à la personne de l’élu, et ne sont pas prêts à changer leur vote s’ils le connaissent depuis des décennies.  La personnalité des candidats locaux fait la différence plus qu’ailleurs au pays.  Elle a plus d’importance pour les insulaires que le parti en lui-même ou le leader national.

Le parti populaire du Canada de Maxime Bernier a recueilli 5 % des voix dans la circonscription d’Egmont, êtes-vous surpris? 

Pas vraiment, je pensais que le parti populaire ferait encore de meilleurs résultats à l’échelle provinciale.  On doit surveiller ce phénomène avec attention.  Il y a de plus en plus d’électeurs qui s’éloignent du système politique, s’y opposent, car ils ne s’y sentent pas représentés.  Ce vote exprime de la colère, un sentiment d’aliénation d’une partie de la population qui a l’impression d’avoir perdu sa place dans le jeu démocratique.  Et, selon moi, cela ne va pas disparaître dans les années à venir, au contraire, cela risque de s’amplifier.  À terme, si on n’y prend pas garde, ce parti pourrait jouer un rôle significatif dans la politique canadienne, mais aussi ici, à l’Île-du-Prince-Édouard. 

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