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30 septembre 2021 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Christian Lacroix est président du RDÉE Î.-P.-É. (Photo : Gracieuseté)

Ces derniers mois, le nombre de postes vacants a grimpé enflèche à l’Île-du-Prince-Édouard.  Si la pénurie de main-d’œuvre a été aggravée par la pandémie, le phénomène n’est pas nouveau et pourrait encore perdurer de longues années.

Le manque de main-d’œuvre ne s’est jamais fait autant sentir à l’Î.-P.-É. que depuis le début de la pandémie.  La dernière enquête de Statistique Canada sur la population active, datée d’août 2021, a révélé que l’Île est la province canadienne où l’écart de l’emploi est encore le plus prononcé (-3,4 %) par rapport à la situation prépandémique (février 2020).  Le problème n’est cependant pas nouveau.  En 2018, le taux de postes vacants était de 4,7 %, presque autant que les 4,9 % estimés cette année.

La pénurie, particulièrement prononcée dans l’industrie touristique et l’hôtellerie-restauration, touche de nombreux autres secteurs comme le commerce ou la construction.  En milieu francophone minoritaire, la plupart des secteurs sont affectés selon Christian Lacroix, président du RDÉE Î.-P.-É.  «Au fil des années, le recrutement est de plus en plus difficile, avec le développement du travail à distance, on est en compétition avec des employeurs de tout le pays», témoigne le responsable. 

Des femmes contraintes de rester à la maison 

Comment expliquer un tel phénomène? Si certains incriminent la prestation canadienne de la relance économique (PCRE) mise en place pendant la crise sanitaire, les données de Statistique Canada montrent qu’au fur et à mesure que le nombre de postes vacants augmentait en avril, mai et juin de cette année dans la province, le nombre de candidats à la PCRE, lui, diminuait.

À cause du manque de places en garderie, de nombreuses femmes, obligées de rester à la maison, se tiennent éloignées du marché du travail.  Une situation qui a empiré avec la pandémie.  «Nous n’avions déjà pas assez de places en garderie, mais je suis presque sûr que les protocoles liés à la COVID-19 ont encore réduit ce nombre», avance James Sentance, professeur d’économie à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard.

James Sentance est professeur d’économie à l’Université de l’Î.-P.-É.  (Photo : Gracieuseté)

Cet enjeu se reflète dans les chiffres de l’emploi publiés mensuellement par Statistique Canada.  En février 2020, avant la pandémie, les femmes représentaient 49 % de la main-d’œuvre à l’Î.-P.-É. Le mois
dernier, elles ne représentaient plus 46,6 %.  Alors que le nombre d’hommes sur le marché du travail dépasse désormais les niveaux d’avant la crise, le nombre de femmes ne s’est lui pas encore complètement rétabli.

Des salaires trop faibles 

L’inadéquation entre les besoins des employeurs et les compétences des employés est aussi pointée du doigt par les spécialistes.  «C’est un problème croissant dans de nombreux domaines, il y a manifestement, un décalage, confirme James Sentance.  L’Île perd ainsi certains travailleurs qualifiés au profit d’autres provinces».

La faiblesse des salaires face au coût de la vie qui ne cesse d’augmenter à l’Î.-P.-É. explique également l’explosion du nombre de postes vacants, notamment dans le secteur du tourisme.  Les salaires de l’île restent ainsi les plus bas du pays depuis des années.  «Avec le prix des loyers qui explose, les acteurs touristiques vont devoir offrir de meilleurs salaires et conditions de travail s’ils veulent attirer du personnel», souligne James Sentance. 

Une population vieillissante 

Aux yeux de l’économiste, la pénurie risque de perdurer bien au-delà de la pandémie avec le vieillissement de la population insulaire et la hausse du nombre de départs à la retraite, en particulier dans la communauté francophone.  «Nous n’avons pas suffisamment de jeunes pour assurer la relève, c’est pour cela qu’il faut miser sur l’immigration internationale afin de soutenir la croissance démographique», insiste James Sentance qui s’inquiète de la chute importante des flux migratoires due à la pandémie. 

Un avis partagé par Christian Lacroix : «Pour être efficace et garantir un bon processus d’intégration à l’île, nos entreprises doivent cibler des individus qui ont les compétences qu’elles recherchent.» Le président du RDÉE Î.-P.-É. reconnaît néanmoins que le recrutement à l’international peut effrayer les plus petites compagnies.  «Avec tous les programmes qui existent, elles voient ça comme quelque chose de très compliqué, on doit être là pour les aider», dit-il. 

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