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07 septembre 2021 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Isabelle Dasylva-Gill est directrice générale de la Société acadienne et francophone de l’Î.-P.-É. (Photo : Laurent Rigaux)

À l’approche des élections fédérales, des organismes communautaires font part des attentes et des priorités de la communauté francophone de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.). Ils se mobilisent plus que jamais pour faire passer leurs messages aux candidats. 

«Il est essentiel de sensibiliser les candidats aux enjeux de la francophonie en milieu minoritaire, à la fragilisation du français, pour qu’une fois au pouvoir ils appliquent la lentille francophone à toutes leurs politiques», plaide Isabelle Dasylva-Gill, directrice générale de la Société acadienne et francophone de l’Î.-P.-É. (SAF’Île). 

Johanna Venturini, directrice générale d’Actions Femmes Î.-P.-É. (AFIPE), demande elle aux politiciens d’appliquer l’Analyse comparative entre les sexes plus à l’ensemble des politiques publiques. «Cela permet de mesurer les répercussions potentielles sur tous les types de publics, dont les femmes francophones», explique-t-elle. À quelques semaines des élections fédérales, la communauté francophone de l’Î.-P.-É. semble plus que jamais mobilisée pour faire entendre sa voix dans la campagne. 

Outre la modernisation de la Loi sur les langues officielles, le plan de relance post-pandémie et la pénurie de main-d’œuvre dans l’éducation, la santé et la petite enfance font partie des préoccupations majeures de la SAF’Île. Isabelle Dasylva-Gill défend une reprise économique en français qui répond aux besoins spécifiques des milieux minoritaires, «particulièrement fragilisés par la pandémie». «L’urgence est de pallier le manque de services en français, sans ça, on met la communauté en mode survie», souligne-t-elle. 

Penser une véritable politique d’immigration francophone 

Johanna Venturini confirme la difficulté d’accéder à des services de soins en français dans la province, notamment en matière de santé mentale et de gynécologie. «Les services sont déjà limités en anglais alors en français c’est le parcours du combattant», partage-t-elle. On sait pourtant que les femmes victimes de violences sexuelles ont besoin d’exprimer leur traumatisme dans leur langue maternelle.» 

La directrice générale de l’AFIPE plaide par ailleurs pour revaloriser les métiers du communautaire et les activités du soin et du service à l’autre, «sous-payés et souvent occupés par des femmes». «Il y a une grande précarité au sein des organismes communautaires, les politiques doivent sécuriser les financements sur plusieurs années», détaille-t-elle.

L’immigration francophone, c’est l’autre enjeu qui mobilise la SAF’Île. Aux yeux d’Isabelle Dasylva-Gill, la cible annuelle de 4,4 % hors Québec, fixée par le gouvernement fédéral pour 2023, doit être revue. «Ce n’est pas assez, on a accumulé des retards avec les années, regrette-t-elle. Il faut viser plus haut pour maintenir notre poids démographique et améliorer les services qu’on a.» 

Un avis partagé par Angie Cormier, directrice de la Coopérative d’intégration francophone de l’Î.-P.-É. : «On a besoin d’une vraie stratégie en matière d’immigration, d’aligner les priorités des programmes fédéraux et provinciaux et d’avoir une meilleure programmation des fonds». La responsable milite également pour simplifier un système d’immigration extrêmement complexe, doté d’une centaine de programmes. 

Johanna Venturini est directrice générale d’Actions Femmes Î.-P.-É. (Photo : Jacinthe Laforest)

Agir sur le changement climatique 

Pour relancer l’immigration francophone, Angie Cormier appelle à lever deux freins majeurs : la pénurie de logements abordables et les difficultés à obtenir des équivalences de diplômes. «La crise du logement dissuade trop souvent les employeurs d’embaucher à l’international», déplore-t-elle. 

Du côté de l’AFIPE, Johanna Venturini aimerait voir davantage de mobilisation sur la question des changements climatiques. «Ça génère beaucoup de stress chez les femmes, elles aimeraient agir, mais ne savent pas toujours comment», témoigne-t-elle. 

Dans une campagne si courte, le défi sera d’être visible pour la communauté francophone. En partenariat avec la Fédération des communautés francophones et acadiennes et la Société nationale de l’Acadie, la SAF’Île a développé un microsite d’informations et organise des tables rondes virtuelles, «pour veiller à ce que les politiques ne nous oublient pas», insiste Isabelle Dasylva-Gill. La semaine du 6 septembre, la SAF’Île rencontrera tous les candidats de la province. À l’issue de ces rencontres, l’organisme développera un support papier afin d’outiller les membres de la communauté. 

Angie Cormier est directrice de la Coopérative d’intégration francophone de l’Î.-P.-É. (Photo : Marine Ernoult)