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03 juin 2021 Par Marine Ernoult - IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Tondre trop souvent son gazon nuit à la biodiversité. Les insectes disparaissent et les pissenlits colonisent la pelouse au détriment d’autres fleurs. (Photo : Marine Ernoult)

Avec les beaux jours qui s’installent, nos gazons sont verts et les tondeuses sont de sortie.  Ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour l’environnement et la biodiversité.  Selon plusieurs études scientifiques, des pelouses trop tondues sont moins résistantes à la sécheresse, aux insectes nuisibles et aux ravageurs. 

Et si, cet été, vous mettiez de côté vos habitudes et ne sortiez pas votre tondeuse du garage? Si vous laissiez pousser votre gazon, vivre les fleurs sauvages et butiner les pollinisateurs? C’est en tout cas ce que conseillent de plus en plus de recherches scientifiques selon lesquelles une pelouse tondue trop fréquemment est synonyme de perte de biodiversité. 

«On assiste à une diminution de la quantité et de la diversité d’insectes et de végétaux tandis que les mauvaises herbes et les parasites prolifèrent», confirme Christopher Watson, stagiaire postdoctoral en sciences environnementales à l’Université du Québec à Trois-Rivières et auteur d’une méta-analyse sur le sujet.  «Il y a une disparition quasi totale des invertébrés, c’est impossible d’avoir une recolonisation à court terme, en tondant, on supprime leur habitat et ça affecte toute la chaîne alimentaire», ajoute Jérôme Dupras, professeur au département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais. 

Prolifération de l’herbe à poux  

Selon Christopher Watson, la tonte régulière favorise les espèces à croissance lente telles que le trèfle et le pissenlit, alors que certaines plantes dont les fleurs, se situent au sommet de la tige, n’ont pas le temps de pousser.  Autrement dit, plus on tond, plus il y a de pissenlits. 

Surtout, l’herbe à poux, dont le pollen est extrêmement allergène, peut coloniser un milieu très souvent tondu.  Sa reproduction est en effet plus rapide que celle des autres végétaux.  «Une fois qu’elles sont là, elles reviennent année après année, c’est difficile de les faire partir», observe l’universitaire. 

À l’inverse, une pelouse plus longue est plus résistante aux insectes nuisibles ou aux ravageurs comme les vers blancs.  Elle supporte également mieux les épisodes de sécheresse.  Mais certaines personnes craignent toujours la prolifération de tiques ou de rongeurs dans des parterres en désordre. 

Aux yeux de Christopher Watson, aucune preuve scientifique ne vient appuyer ces idées reçues.  En 2020, il a mené une étude sur la présence de tiques dans les pelouses urbaines.  Résultat, après un an de collecte d’échantillons, lui et son équipe n’ont trouvé aucun acarien, que l’herbe soit longue ou courte.  «Ce n’est pas leur habitat, ils vivent plutôt dans les forêts ou les friches urbaines», explique le scientifique. 

Lutter contre les préjugés  

Les pelouses manucurées ne sont pas non plus la meilleure solution pour lutter contre les îlots de chaleur en milieu urbain.  Une étude menée par Jérôme Dupras avec trois autres chercheurs a montré que les gazons dissipent moins bien la chaleur que des champs d’herbes ou d’arbustes non entretenus : la température y est supérieure de 5 °C en moyenne.  L’écart entre la température maximale du gazon et celle des arbustes non entretenus atteint même 20 °C.  «C’est pour cela qu’on doit complexifier l’aménagement de nos parterres avec une plus grande diversité de fleurs, de graminées et d’arbustes», insiste Jérôme Dupras. 

Les deux scientifiques sont unanimes : le mieux, c’est de tondre le moins souvent possible.  Reste à renverser certains préjugés.  Un propriétaire qui ne tond pas est souvent considéré comme négligeant, victime de stigmatisation sociale, voire mis à l’amende, certaines municipalités au Canada exigeant une tonte courte pour des questions plus esthétiques qu’écologiques.  «Il faut communiquer pour défaire le mythe que le beau c’est l’uniforme, qu’une pelouse longue est sale, laissons au contraire place à la nature», plaide Jérôme Dupras. 

Campagne de sensibilisation  

Ces dernières années, des campagnes de sensibilisation, comme No-Mow May, de Conservation de la nature Canada, ont vu le jour pour convaincre les Canadiens de changer leurs pratiques d’entretien du gazon.  «Le message commence à passer mais l’éducation prend du temps, on a toujours peur du regard du voisin», reconnaît Christopher Watson.  Jérôme Dupras ne constate pas non plus de changement de mentalité à grande échelle.  «Quand on regarde les données satellitaires, on observe toujours une dominance des surfaces gazonnées», regrette-t-il.

* Il s’agit d’une analyse qui a regroupé les données obtenues par plusieurs études effectuées sur les effets de la tonte en Amérique du Nord et en Europe ces 15 dernières années.

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