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07 mai 2021 Par Jacinthe Laforest
Kathleen Couture, directrice générale de l’Association des centres de la petite enfance francophones de l’Île-du-Prince-Édouard. (Photo : Archives)

La ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland, a dévoilé il y a environ deux semaines le cadre financier qui accompagne la promesse faite dans le discours du Trône de septembre 2020 de réaliser «un investissement important, soutenu et à long terme dans la mise en place d’un système d’apprentissage et de garde des jeunes enfants à l’échelle du Canada».

Cet investissement important et soutenu sera de 27,5 milliards de dollars sur cinq ans, puis d’un minimum de 8,3 milliards de dollars par année après la période initiale de cinq ans.  

«On a très hâte de voir comment tout ça va fonctionner.  Chaque province doit établir son propre plan pour créer le système dont elle a besoin.  On va travailler avec ECDA et avec le gouvernement provincial pour avoir le meilleur plan possible.  On sait déjà que de l’argent va descendre pour renforcer les capacités de la main-d’œuvre, pour réduire les frais aux parents et pour créer des places.  Ça fait 37 ans que je suis dans le domaine de la petite enfance et c’est la première fois que je vois un engagement aussi important», dit Kathleen Couture, directrice générale de l’Association des centres de la petite enfance francophones de l’Île-du-Prince-Édouard, jointe au téléphone alors qu’elle était Nouvelle-Écosse pour visiter sa famille.

Pour Kathleen Couture, tout cela est très positif.  «Il y a toujours eu de l’argent pour créer des places en garderie.  C’est la partie facile.  Le Jardin des étoiles à Summerside est en construction et on devrait ouvrir le nouvel espace à l’automne, si on a les ressources humaines.  On continue notre recrutement.  On est rendus avec 48 employés».

Kathleen espère qu’une partie de fonds fédéraux servira à augmenter les salaires des éducateurs qui, en l’occurrence, sont presque toutes des éducatrices.  «Ça va dépendre de l’entente qui sera conclue entre la province et le fédéral.  En plus, en octobre prochain, les salaires de nos éducatrices de niveau 3 vont augmenter un peu, ce qui va les placer parmi les plus hauts dans la région.  Ça nous met dans une bonne position pour recruter», dit Kathleen Couture.

Cette dernière travaille de très près avec son homologue anglophone, l’ECDA (Early Childhood Development Association), un organisme qui regroupe environ 500 éducatrices et éducateurs, anglophones et francophones.  

La directrice générale, Jennifer Nangreaves, est entrée en fonction à l’ECDA peu de temps avant le dépôt du budget.  «Je ne peux pas prendre
le crédit pour tout ce qui a été fait pour mener à ce résultat, mais certainement, c’est une période très stimulante», a-t-elle dit. 

Bien au courant des défis de recrutement que rencontre l’ACPEFÎPÉ, Jennifer affirme que du côté de l’ECDA, le défi est de recruter des suppléants.  «Dans certaines régions, c’est plus difficile que dans d’autres.  Nous avons un registre où les parents peuvent inscrire leur enfant et réserver leur place.  Il peut y avoir une liste d’attente, mais certainement pas aussi importante que du côté francophone.  Et le gouvernement provincial s’est engagé à créer 300 places de plus».

Kathleen Couture confirme que la liste d’attente pour un centre de l’ACPEFÎPÉ est encore longue, même si dans les faits, elle a été raccourcie.  «On a travaillé vraiment fort pour réduire notre liste d’attente.  Nous en sommes à environ 220 enfants», dit-elle.

Réduire les frais pour les parents

Actuellement, à l’Île-du-Prince-Édouard, une journée en pouponnière coûte 34 $.  C’est le tarif quotidien le plus élevé de tous les groupes d’âge.  «Le gouvernement provincial s’est engagé, bien avant le budget fédéral, à ramener les frais aux parents à un montant unique de 25 $ par jour, à partir du début de l’année 2022.  Étant donné l’annonce du budget, cela pourrait changer», précise Jennifer Nangreaves.  Le gouvernement fédéral souhaite que les frais de garde soient réduits de 50 % d’ici la fin de 2022, et qu’ils se stabilisent à 10 $ par jour d’ici cinq ans.  L’atteinte de ces objectifs pour l’Île (comme pour les autres provinces et territoires) est conditionnelle au niveau de financement que le gouvernement provincial sera prêt à injecter dans une éventuelle entente.  Le fédéral compte sur un partage à parts égales de la facture.  

Abordabilité, accessibilité, qualité

Jennifer Nangreaves se permet de rêver à un système complet, qui reposerait sur trois piliers : l’abordabilité pour les parents, l’accessibilité (places disponibles et répartition géographique) et qualité.  

«Sans ces trois piliers, le système est bancal.  On ne peut pas demander aux centres de se dépasser et d’offrir la meilleure qualité possible quand le seul financement qu’ils ont vient des parents.  Il faut injecter, soutenir le système comme on met de l’argent dans le système de santé et d’éducation», dit Jennifer.  

«C’est le temps de rêver.  Cette annonce de financement est historique.  Le gouvernement a écouté ce que les experts disaient.  On peut envisager que l’éducation à la petite enfance devienne une véritable carrière, rémunérée adéquatement, et même un fonds de pension, un jour». 

Relent de déjà vu  

Il y a eu dans le passé des tentatives pour créer un programme national de garderie.  En 2004, Paul Martin, alors premier ministre du Canada, promettait un investissement de cinq milliards sur cinq ans et en campagne électorale en 2006, il promettait 6 milliards dans le programme national de garderie à compter de 2009*.  Stephen Harper a été élu et le programme national des garderies a été jeté avec l’eau du bain.  Le successeur de Paul Martin, Stéphane Dion, promettait en 2008 un investissement de 1,25 milliard de dollars, qui devait créer 165 000 nouvelles places en garderie.  En 2011, alors que Stephen Harper était toujours au pouvoir, le nouveau chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, annonçait un nouvel engagement de sa plateforme axée sur les familles, promettant la création d’un Fonds pour l’apprentissage et les soins à la petite enfance.  Un premier budget libéral aurait injecté 500 millions de dollars la première année, pour atteindre un milliard de dollars annuellement à partir de la quatrième année. 

* Voir les archives de La Voix acadienne sur le site web à la page 3 du 14 décembre 2005.  

Jennifer Nangreaves, directrice générale de la Early Childhood Development Association.  (Photo : Gracieuseté)

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