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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 22 février 2021

- Propos recueillis par Laurent Rigaux / Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

Peter Bevan-Baker, leader de l’opposition officielle et député vert de New Haven-Rocky Point. (Photo : Laurent Rigaux)

 

À l’occasion de la reprise des travaux de l’Assemblée législative, jeudi 25 février, nous nous sommes entretenus avec Peter Bevan-Baker. Le leader de l’opposition officielle a plusieurs priorités à défendre cet hiver, dont l’agriculture durable et l’élimination de la pauvreté.

 

Quelles sont vos priorités pour cette session ?

 

Nous en avons six, qui ne sont pas différentes de celles que nous avions la dernière fois, puisqu’en dehors de la COVID-19, les enjeux restent les mêmes. Les Insulaires ont vu des actions très décisives en ce qui concerne la pandémie, la plupart venant du bureau de la médecin hygiéniste en chef. C’est choquant de voir un manque d’actions décisives sur les autres sujets, la santé mentale principalement. On n’a vu pour ainsi dire aucune action sur ce point. Les travaux du nouveau campus n’ont toujours pas commencé, il y a toujours des policiers dans les équipes d’urgence en santé mentale, il y a le sujet du casino en ligne… toutes ces choses n’aident certainement pas la crise en santé mentale que nous avons.

 

Quoi d’autre ?

 

La crise du logement. Rien ne bouge, il y a une totale inaction sur un problème sérieux qui affecte des milliers d’Insulaires d’un bout à l’autre de la province. Ce n’est pas qu’à Charlottetown.

 

Notre troisième priorité, c’est une reprise économique propre et équitable. La COVID présente certes des défis, mais aussi des occasions de regarder en profondeur la structure de notre économie. Si nous voulons de la prospérité, il faut que ce soit une prospérité pour tous. Il faut que tout le monde ait accès aux services, à Internet, à la santé, à l’éducation, à la petite enfance.

 

L’agriculture et la terre sont une autre priorité. Nous voulons aider les agriculteurs à créer une agriculture vraiment durable. L’agriculture industrielle n’est pas adaptée à l’Île. Nous voulons que les fermiers prospèrent, sans que les rivières soient polluées et avec des sols en bonne santé. Mais il faut aussi qu’ils soient correctement rémunérés. Nous pouvons créer un système avec des prix moins volatils, car nous sommes clairement désavantagés sur les marchés mondiaux.

 

Cette agriculture durable doit-elle nourrir l’Île ou nourrir le monde?

 

L’Île! Il n’y a pas de manque de nourriture sur la planète, c’est la distribution et le gaspillage qui est le problème. À l’échelle provinciale, nous sommes en compétition sur le marché mondial avec de gros volumes de produits de faible valeur. Je parle des patates essentiellement. Et nous serons toujours perdants à essayer d’être compétitifs financièrement. Nous ne devons pas abandonner l’agriculture, mais faire une transition vers quelque chose de plus approprié. Il y aura toujours de l’exportation car nous produirons toujours plus de nourriture que ce dont nous avons besoin. Mais je pense que nous devons trouver des produits de haute qualité et de faibles volumes. Nous pouvons produire des aliments sains, purs, verts, et aller sur un marché différent, plus spécialisé, plus local ou régional. Et le gouvernement a un rôle à jouer là-dedans.

 

Vous parlez d’incitations ou de lois?

 

Nous avons besoin des deux. Il y a une composante réglementaire, oui, mais aussi un volet incitatif, pour encourager les agriculteurs à adopter des méthodes plus durables.

 

Sur le sujet du changement climatique, il y a des lois qui fixent des objectifs, comme la neutralité carbone en 2040. Mais pour atteindre ces objectifs, il n’y a presque que des incitations. Est-ce que c’est assez?

 

Ce gouvernement fait toutes sortes de promesses, mais il se dérobe souvent lorsqu’il s’agit de faire des choix. En ce qui concerne la neutralité carbone, nous avons porté des textes pour accélérer la transition pour 2040 qui ont été adoptés. C’est plutôt ambitieux. Mais cela doit s’accompagner d’actions.

 

La taxe carbone est un sujet sur lequel nous nous sommes affrontés avec Dennis King pendant la campagne. C’est l’outil le plus efficace et le moins cher pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. On peut aussi avoir des incitatifs pour les véhicules électriques et je pense que nous devons isoler les maisons beaucoup plus que ce que nous faisons aujourd’hui.

 

Le gouvernement semble avoir accepté l’idée de la neutralité carbone, mais on dirait qu’il aime juste le mot, pour paraître progressiste. J’attends toujours un plan qui nous amènera de façon concrète là où nous devons aller.

 

Le gouvernement a lancé une consultation des Insulaires au sujet de la neutralité carbone. D’un autre côté, vous lui reprochez un manque de consultation sur des sujets comme le casino en ligne ou l’alerte enfants. Où mettre le curseur?

 

Nous avons maintenant un défenseur des enfants à l’Île, quelqu’un dont la vie est dédiée à ça, qui est un expert. Ne lui avoir même pas parlé en modifiant cette réglementation sur l’alerte enfants est une erreur. Je ne dis pas qu’il n’aurait pas été d’accord avec les changements, mais ne pas consulter la personne dans votre administration qui est un expert, je trouve cela choquant.

 

En ce qui concerne le changement climatique, je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un dans le public qui pense qu’il ne faut pas agir. Le fait que les Insulaires aient voté pour une opposition verte le montre. Sur les solutions, ce sont des questions très techniques, il y a des gens à consulter, mais pas besoin d’une consultation large à mon avis.

 

La cinquième priorité ?

 

L’équité sociale. Éliminer la pauvreté doit être l’objectif. Nous avons entendu que l’idée d’un revenu de base garanti serait dans le discours du Trône. Je ne sais pas ce que ça signifie pour le moment, mais j’ai hâte de voir. Combattre la pauvreté, ce n’est pas seulement donner de l’argent, mais aussi permettre l’accès aux services. On a une grosse demande pour l’accès aux soins dentaires par exemple. Il y avait un engagement de 1,2 million sur ce sujet, pas un seul cent n’a été dépensé.

 

«Éliminer la pauvreté», est-ce que ce n’est pas naïf ?

 

Je ne pense pas. Ce n’est pas facile, mais c’est réalisable. La COVID-19 a montré que le gouvernement peut agir quand les choses doivent être faites. L’élimination de la pauvreté n’est pas juste une question d’argent, il s’agit de créer un système où les gens ne sont pas pénalisés parce qu’ils cherchent du travail. Personne ne veut vivre dans la pauvreté. Et un salaire minimum à 15 dollars est parfaitement faisable.

 

Enfin, notre sixième et dernière priorité est de continuer à tenir le gouvernement imputable. C’est l’un de nos rôles en tant qu’opposition et nous allons continuer. Notre caucus a eu un impact énorme sur la législation et l’atmosphère dans la Chambre.

 

Que souhaitez-vous voir dans le discours du Trône ?

 

Le premier discours du Trône était plein de belles paroles, mais il manquait de précisions sur comment atteindre les objectifs. J’espère voir plus de choses concrètes cette fois.

 

La collaboration, est-ce que ça marche ?

 

Parfois oui, parfois non. Je trouve que le niveau de collaboration a baissé l’année dernière, ça n’a pas disparu pour autant. Il n’y a aucune autre province au Canada où les partis d’opposition sont consultés pour savoir ce qu’ils veulent voir dans le budget ou le discours du Trône. Mais le gouvernement a tendance à ne pas respecter ses promesses, même si c’est une marque classique de la politique.

 

Vous êtes consultés sur les budgets, mais le dernier, présenté à l’automne, ne vous a pas convaincu du tout.

 

Notre désaccord était certes sur le contenu, mais surtout sur la manière dont nous avions débattu.

 

Vous vous étiez abstenu lors du vote. Êtes-vous prêt à voter oui ou non cette fois?

 

Définitivement oui ou non, je peux le dire! C’était assez décevant de voir l’attention que mon abstention a eue. C’est une leçon pour moi.

 

Quelle est votre opinion sur le remaniement de début février?

 

Je suis déçu pour le ministère de la Santé. Je ne pense pas que l’ancien ministre a fait un bon travail. Personne ne s’attendait à voir James Aylward reconduit. Mais Ernie Hudson (qui a le portefeuille de la Santé maintenant) a lui aussi été inefficace sur le logement et le social. Les problèmes demeurent et je pense que les ministres doivent être tenus responsables. Donc, bouger l’un de vos ministres les plus inefficaces à un des plus gros portfolios, c’est une surprise pour moi. On verra ce que ça donne.

 

Et l’environnement, qui est maintenant associé à l’énergie au sein du même ministère?

 

Je peux comprendre pourquoi on met ces dossiers ensemble, mais cela peut être source de conflit, avec un même ministre responsable de la protection de l’environnement et qui devra promouvoir des projets énergétiques qui peuvent avoir un impact.

 

Pour mettre en oeuvre toutes vos priorités, avez-vous prévu des propositions de loi? Ou plutôt des motions comme lors de la précédente session?

 

Il y aura un mix. Il y aura huit ou neuf propositions de loi. Je ne veux pas trop en dire car nous n’avons pas encore partagé cela à l’extérieur de notre caucus. Il y aura quelque chose sur la santé, sur le logement, sur la reprise économique. Et un texte important sur l’environnement. 

 

Peter Bevan-Baker s’était abstenu lors du vote sur le budget d’immobilisations, à l’automne 2020. Devant l’incompréhension suscité par ce choix, il promet cette fois-ci de choisir entre le oui ou le non.  (Photo : Laurent Rigaux)

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