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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 12 mai 2020

- Par Jacinthe Laforest

Robert Arsenault (au centre), son père Alfred (à droite) et son fils Josh, travaillent côte à côte à la ferme familiale située à Urbainville dans la région Évangéline.  Travailleurs essentiels, dans le contexte de la COVID-19, le fonctionnement de la ferme a été peu perturbé par les mesures sanitaires. (Photo : Julie Arsenault)

 

En 2003, la maladie de la vache folle a frappé l’industrie du bœuf à l’Île-du-Prince-Édouard.  Cette année-là, Alfred Arsenault et son fils Robert, qui dirige aujourd’hui la ferme, ont vendu leur bétail à perte pour se concentrer sur la production des pommes de terre.  En ce printemps 2020, une autre crise frappe, mais l’industrie de la pomme de terre s’en tire sans trop de dommages.

 

Au moment de planifier sa prochaine récolte, Robert Arsenault prévoit de planter 15 % moins de patates destinées à Cavendish Farms pour la transformation en frites.  «C’est notre seul marché qui a ralenti.  Les ventes de patates frites ont chuté à cause des nombreux restaurants qui sont fermés, mais la bonne nouvelle c’est que les chips se vendent vraiment très bien.  Alors le marché est bon de ce côté.  Ça compense», dit Robert Arsenault. 

 

Les fermes Urbainville sont situées, comme leur nom l’indique, à Urbainville, dans la région Évangéline.  «Les terres ici sont parmi les plus hautes à l’Île.  C’est pour ça qu’il y a des tours de télé-communication.  Le printemps, les terres les plus hautes sont prêtes à planter plus vite, tandis que les terres plus basses sont prêtes un peu plus tard.  L’automne, ça cause des ennuis parfois.  L’automne passé, c’était tellement humide.  J’ai été chanceux de préserver la qualité de mes pommes de terre, malgré l’humidité».

 

La «chance» n’est pas le seul facteur.  Il y a deux ans, Robert Arsenault a inauguré son nouvel entrepôt entièrement informatisé.  «Si tu veux voir à quoi ressemblent 5 millions de livres de patates, c’est à ça que ça ressemble», dit-il, montrant une étendue de pommes de terre impressionnante, haute d’environ 16 pieds, qu’on ne peut admirer qu’en gravissant un escalier d’environ 15 marches, c’est impressionnant. 

 

Ce nouvel entrepôt a été ajouté aux installations qui appartenaient autrefois à la coopérative de croustilles Old Barrel, à Urbainville (derrière le salon funéraire).  «Ça fait 10 ans que les bâtiments nous appartiennent, et c’est là qu’on a fait ajouter notre nouvel entrepôt».

 

Une étape importante du lavage des pommes de terre : le triage manuel, fait par des employés.  (Photo : J.L.)

 

Une station de lavage performante

 

De retour au «quartier général», visite de la gigantesque station de lavage, une étape obligatoire pour la mise en marché et la vente de pommes de terre.  Ces temps-ci, en plus de ses propres pommes de terre qu’il prépare pour les livraisons au Costa Rica ou aux États-Unis, ou pour les usines de croustilles, il lave aussi des chargements de pommes de terre de collègues producteurs. 

 

L’installation s’étale sur trois longueurs de granges.  Au début de la chaîne, les pommes de terre sont chargées sur un convoyeur.  Un mécanisme expulse les roches tandis que les pommes de terre poursuivent leur chemin.  Elles sont entraînées vers un réservoir sous le plancher pour un premier bain.  Elles refont surface et poursuivent vers un autre bain.  Puis, elles passent par un premier triage manuel et un deuxième triage, avant de poursuivre leur chemin vers le camion, au bout du convoyeur. 

 

«À cause de l’automne pluvieux en 2019, tout le monde a eu des patates qui ont pourri.  Pour ne pas les perdre complètement, ils nous engagent pour les laver et les trier.  Ils repartent avec les bonnes et peuvent les vendre.  Et nous, nous gardons ce qui reste.  On fait un autre tri.  On en vend pour le bétail, et on en vend aussi une partie à l’usine de déshydratation à Souris.  Financièrement, ce n’est pas payant, mais ça sert à nourrir du monde dans les pays pauvres». 

 

Pendant l’heure qu’a duré la visite guidée, le téléphone de Robert a sonné au moins huit fois.  Au volant d’un camion récent, muni d’un système mains libres, il pouvait conduire et gérer son entreprise en respectant la loi.  «Je reçois au moins 100 appels chaque jour, des fois plus.  Je fais confiance à mes gars.  Ils sont pas mal fiables, chacun dans leurs spécialités, mais il y a beaucoup de décisions à prendre qui peuvent dépendre de ce qui se passe ailleurs.  Je fais le lien entre les différentes équipes», résume-t-il. 

 

Croissance et diversification 

 

Toutes variétés confondues, les fermes Urbainville Farms récoltent environ 40 millions de livres de pommes de terre sur une superficie d’environ 1 500 acres.  Également, comme la rotation des cultures est obligatoire, les producteurs plantent aussi du blé à farine, du seigle, des pois (pour fixer l’azote dans le sol) et du soya aussi, mais de moins en moins.  De plus, l’an dernier, Robert Arsenault a acheté la ferme voisine, celle qui appartenait à Euclide et Eliza Gallant et qui était gérée par leur fils. 

 

«Ça veut dire qu’on a du bœuf à nouveau.  Pas 400 têtes comme on avait dans le temps, mais tout de même, assez pour avoir du fumier pour réduire les engrais chimiques.  Et ça donne plus de terres».

 

Selon les saisons, il peut y avoir jusqu’à 30 personnes à l’emploi d’Urbainville Farms.  Le transport des pommes de terre vers les marchés, la gestion de l’entrepôt, les réparations urgentes et les entretiens routiniers des nombreuses machines et des bâtisses, la station de lavage, la station de classement et d’empaquetage des pommes de terre de table à Tyne Valley, les plantations des grains et des patates, les récoltes le temps venu, l’administration et la tenue des livres, qui emploient deux personnes à temps plein à l’office et maintenant, la ferme bovine, toutes ces tâches requièrent un ensemble impressionnant de compétences. 

 

Tout comme Robert a commencé à travailler à la ferme à l’âge de 15 ans, aux côtés de son père Alfred, il est aujourd’hui appuyé par son fils, Josh, maintenant âgé de 25 ans, ce qui fait que trois générations de Arsenault travaillent à la ferme.  «Ça fait 10 ans que mon père est censé être à la retraite, mais il est à la ferme tous les jours quand même.  C’est son passe-temps».

 

Il y a quelques années, Robert Arsenault a reçu la visite du chef Luc Jean, qui a tourné un épisode de sa série pour CBC-Radio-Canada.  On peut encore la visionner en ligne au https://ici.radio-canada.ca/lamainalapate/episode/s2/e2.

 

Le chien de la famille, Ted (Théodore), a son compte Instagram à urbainville.ted, et la ferme a une page Facebook. 

 

Josh Arsenault (à gauche), le fils de Robert, travaille à la ferme.  Lors de notre visite, il vérifiait l’état des pneus d’un gigantesque tracteur, à l’aide de Francis MacLellan. (Photo : J.L.)

 

Robert Arsenault reçoit au moins 100 appels téléphoniques par jour.  Sur la route, il utilise le système main libre intégré dans son camion, mais à l’arrêt, et surtout, en présence d’une personne étrangère à l’entreprise, il utilise son téléphone.  (Photo : J.L.)

 

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