FacebookTwitterRSS

 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 4 avril 2019
Ericka Muzzo

La date du 23 avril est à encercler dans le calendrier des Prince-Édouardiens. C’est le jour où ils seront appelés à voter pour le parti qui formera le prochain gouvernement, mais aussi pour ou contre une réforme du système de vote. Une décision pour laquelle certains estiment toujours manquer d’information.  Dans les communautés rurales, les inquiétudes sont bien présentes. Plusieurs résidents craignent que leur voix soit moins entendue, si le système de représentation proportionnelle mixte (RPM) l’emporte au scrutin du 23 avril.   L’une des raisons est que la carte des circonscriptions serait revue, leur nombre passant de 27 à 18. Cela signifie que certaines circonscriptions verraient leur taille augmenter de 50 %. 


C’est notamment le cas de la circonscription 24, Évangéline-Miscouche, qui serait fusionné avec la 23, Tyne Valley-Miscouche. De 2 925 électeurs pour la circonscription 24, le nombre passerait à 4 166 pour ce qui serait la nouvelle circonscription 16. «On a peur d’être englobés dans une zone anglophone», résume le maire de Wellington, Alcide Bernard. 

Avec la carte actuelle, de 27 circonscriptions, le nombre moyen d’électeurs est de 3 700 pour chacune. Avec la nouvelle carte, ce nombre monterait à 5 500. 

Toutefois, les électeurs auront un second vote, en plus de celui pour leur député local, afin de faire élire un «candidat régional». Au nombre de neuf à travers la province, ceux-ci représenteront non pas une circonscription, mais plutôt les intérêts de l’ensemble des Insulaires. 

La possibilité de se mobiliser

C’est là-dessus que mise le groupe «Vote Yes P.E.I.», qui milite pour une adoption du système RPM. 

«Tous les francophones auront la possibilité de se mettre ensemble pour élire un candidat régional qui représenterait leurs intérêts. Ils auraient un autre député vers qui se tourner et qui va les écouter, plutôt qu’une seule personne ayant le monopole des ressources, comme c’est le cas maintenant», défend Brenda Oslawsky de «Vote Yes P.E.I.». 

Pour cela, il faudrait qu’un parti propose sur sa liste de candidats régionaux une personne issue de la communauté, ce qui n’est pas garanti. C’est d’ailleurs ce que reprochent les partisans du groupe «No What to Vote», qui désirent garder le système de vote actuel, le Système majoritaire uninominal à un tour (SMUT). 

«Les partisans du RPM disent qu’il y aura plus de femmes, des députés d’âges plus variés, plus de représentants de la communauté LGBTQ et des minorités. Mais il n’y a aucun mécanisme en place actuellement qui garantit cela», déplore John Barrett de «No What to Vote». 

Des stratégies difficiles à prévoir

Pour l’instant, il n’est pas déterminé de quelle manière les partis choisiraient leurs candidats pour la liste régionale. Chaque parti pourrait présenter jusqu’à neuf candidats, le nombre de sièges régionaux qu’il y aurait à l’Assemblée législative. Ils remplaceraient les neuf sièges rendus vacants par la réduction du nombre de circonscriptions (de 27 à 18). Ces sièges dits «compensatoires» auraient pour but que chaque parti occupe le même pourcentage de sièges que le pourcentage de vote populaire obtenu. 

«Si le système RPM est choisi par les Insulaires, on s’attendra à ce qu’il y ait des consultations pour déterminer les modalités. Le but, c’est de créer un modèle qui soit bénéfique pour tous», explique Brenda Oslawsky. Elle-même estime que les partis auraient avantage à présenter des candidats régionaux provenant de l’ensemble de l’Île, et non pas seulement des régions urbaines. 

«Si un candidat est reconnu pour son travail dans le domaine de la santé mentale, des gens de toute l’Île pourront voter pour lui et lui faire appel dans le cas où il serait élu. Ça donne plus d’options aux électeurs, et ces candidats savent que des gens de partout peuvent voter pour eux, donc qu’ils ont intérêtà satisfaire tous les Insulaires», donne en exemple la partisane de «Vote Yes P.E.I.». 

À savoir si les francophones auraient moins de voix dans leur propre circonscription, Brena Oslawsky estime que «n’importe qui se présentant dans une circonscription doit être fort auprès de la communauté qui y réside. Sinon, il sera difficile pour ce candidat de l’emporter.»

Dans le cas d’un système RPM, il est à prévoir que les sièges à l’Assemblée législative seront davantage séparés entre les quatre partis qu’à l’heure actuelle. À savoir si les communautés minoritaires seront mieux représentées, cela dépend à qui l’on parle. 

L'Île-du-Prince-Édouard en images