Le 1er février 2017

Émile Gallant écoute attentivement les propos de maître Michel Doucet sur l’article 23 et sur le grande probabilité que l’Î.-P.-É. soit victorieuse en cour de justice.

Le président de la Commission scolaire de langue française, Émile Gallant, commence à perdre patience.  «On ne peut plus se contenter d’attendre.  On est rendu au point où nous devons prendre des décisions.  Je félicite Jean-Paul Arsenault, qui a rejeté le statu quo et qui a démissionné de son poste.  Il faut qu’on se réveille.  On a été bien trop patients et conciliants.  Mais en éducation et surtout en petite enfance, on est en train de manquer le bateau.  Chaque enfant qu’on perd parce qu’on n’a pas de place pour lui dans nos Centre de la petite enfance (CPE) nous affecte dans le long terme comme communauté.  La crise qu’on vit présentement dans nos centres de la petite enfance, c’est aussi une crise dans notre communauté.  Nous avons besoin d’un programme solide en petite enfance, sinon, on ne sera jamais capables de rattraper le retard qui s’accumule», a lancé dans un seul souffle Émile Gallant, dans une entrevue qu’il a accordée au lendemain de la conférence de Michel Doucet.  

Égalité formelleou réelle?

Ce dernier a parlé de beaucoup de choses, mais le concept d’«égalité formelle» par rapport à «égalité réelle» a retenu son attention.  

«En petite enfance, on nous impose le même système qu’à la majorité.  On le sait, il ne fonctionne pas pour nous.  L’égalité formelle, c’est ce que nous avons et l’impact sur notre communauté est désastreux.  Pour avoir une réelle égalité et un accès au service de garde équivalent à la majorité, nous aurions besoin de plus de place en garderie et pouponnières et surtout, plus d’employés, avec les moyens de les garder», a renchéri Émile Gallant.  

Ce grand-père très engagé dans sa communauté s’est présenté aux élections de la CSLF pour faire avancer le dossier de la petite enfance.  «Pour moi, c’est évident que si on accepte le statu quo, on va reculer.  Je ne suis pas prêt à annoncer que nous allons entreprendre des actions en justice, parce que nous considérons que nous avons déjà tous les jugements qu’il faut de notre côté.  Mais nous n’avons pas peur non plus d’aller en cours.  On y a déjà été et on peut y retourner, et gagner encore», a soutenu M. Gallant.   

Au cours des deux dernières années, près de 25 organismes ont participé à l’élaboration d’un plan stratégique conjoint communautaire et scolaire.  Ce plan comporte des objectifs de croissance ainsi que des responsabilités précises.  «Si, dans cinq ans, nous sommes encore au même point qu’aujourd’hui, nous aurons des comptes à rendre.  Je pense que c’est clair que la communauté partage une vision où nous avons des écoles pleines d’élèves et complètes sur le plan des infrastructures.  Dans cette vision, nos CPE sont en mesure d’accepter tous les enfants.  Je pense que la communauté est unie sur ces questions».

Émile Gallant a aussi un autre dossier sur le cœur.  À plusieurs reprises, au cours des 18 derniers mois, et de nouveau en entrevue, il a affirmé que le gouvernement provincial détournait littéralement un million de dollars par année, en l’utilisant pour ce à quoi il n’est pas destiné.  

La province détournedes fonds

«Cet argent vient de Patrimoine canadien, du Programme des langues officielles en enseignement.  C’est un programme qui a été créé en partie pour créer, dans les commissions scolaires francophones du pays, une égalité plus réelle étant donné qu’il faut plus de ressources pour enseigner en milieu minoritaire.  L’article 23 nous garantit des écoles payées par les fonds publics et c’est la province qui devrait payer tous les enseignants dont nous avons besoin.  Mais l’Île utilise les fonds du fédéral qui nous sont destinés, pour payer nos enseignants.  Et l’Île n’est pas la seule.  Toutes les autres provinces le font.  Ça aussi, il faut que ça cesse», dit-il, avec une exaspération marquée dans la voix.  

Émile Gallant s’attend que d’ici deux ou trois mois, les choses vont devoir bouger.  «On ne peut plus attendre.  Il n’est pas question qu’on perde encore 100 enfants comme on l’a fait au cours des récentes années entre Summerside et Évangéline, parce qu’on n’avait pas d’infrastructures.   Ça ne peut plus durer».  

- Par Jacinthe Laforest

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