Le 4 octobre 2016


Confrontés au même dilemme que les parents de l’école Évangéline, les parents de l’École-sur-Mer ont eux aussi repoussé du revers de la main l’idée que leurs enfants s’en iraient dans une autre école.  

Marie Dionne-Sullivan est la présidente du comité de parents de l’École-sur-Mer.  Mère de cinq enfants, elle aurait aimé que tous ses enfants puissent poursuivre leur secondaire en français, dans leur communauté.  Ça n’a pas été possible, car le secondaire n’est pas arrivé assez vite à l’École-sur-Mer.  «Pour nous, l’école Évangéline n’a jamais été une option.  On n’a rien contre la région Évangéline, mais ce n’est pas notre communauté.  On n’a pas de liens avec Évangéline.  Donc, pour nous, si ce n’est pas l’École-sur-Mer, c’est Three Oaks qui est le choix naturel.  Je suis contente que mon fils, Paul, et mon plus jeune puissent continuer à l’ÉSM, ce qui n’a pas été possible pour mes plus vieux», a indiqué la présidente des parents.  

Marie Dionne Sullivan trouve étrange que les parents soient invités à se prononcer sur la possibilité qu’une seule école desserve les secondaires à la fois de l’École-sur-Mer et de l’école Évangéline.  «Pour moi, il y a de la politique là-dessous.  Le gouvernement veut gagner du temps et retarder les projets de constructions autant qu’il pourra.  Je pense que je ne suis pas la seule qui pense ainsi», a-t-elle dit, aussitôt applaudie par les autres parents.  

Brent Chaisson est maintenant père de deux garçons, et il habite à Miscouche.  «Ce serait pratique d’avoir une école secondaire française dans ma cour, mais même moi, je ne veux pas ça.  Je veux que ça reste à Summerside.  Il n’y a aucun doute pour moi que la deuxième ville en importance à l’Île peut soutenir une école secondaire française.  Aucun doute».

Originaire de Souris, issu d’une famille acadienne et francophone, Brent Chaisson a replanté dans la terre francophone ses racines qui ont été coupées il y a longtemps, et il veut que ses enfants aient la chance, qu’il n’a pas eue, de pouvoir exprimer complètement leur identité.

Gisèle Babineau-Jordan, présidente de La Belle-Alliance, est aussi enseignante en immersion et mère d’une fille qui va à l’École-sur-Mer.  «Le mot qui me fait le plus peur, c’est l’assimilation…», a-t-elle déclaré, incapable de continuer, en raison des larmes qui lui venaient aux yeux.  

Wendy Gallant enseigne en immersion.  Elle-même a appris son français en immersion.  «Ce n’est pas pareil.  Mes enfants grandissent en français, et c’est un cadeau que moi je n’ai jamais eu».

Summerside a beaucoup changé et l’attitude des gens aussi.  Lorsque le grand-père de Wendy, Jean-Pierre, est venu de Tignish pour vivre à Summerside, il est devenu John Peters.  «Avec notre école, nous avons construit une communauté.  On a bâti une famille ici, et ce qu’on parle de faire, c’est de nous enlever une partie de notre famille en envoyant nos enfants de 10e, 11e et 12e année ailleurs».

Elle a continué en disant à quel point ce départ des plus vieux serait dommageable aussi pour les plus jeunes de l’école, pour lesquelles les plus vieux sont des modèles.  L’appartenance à l’école sera dès lors brisée.  

C’est aussi ce que croit Marie Dionne Sullivan.  «Vous prenez des jeunes aux âges critiques de 15, 16 et 17 ans, où ils développent leur identité et vous les envoyez ailleurs, dans une communauté qui leur est étrangère et qui n’est même pas francophone.  Qu’est-ce que ça leur dira au moment de poursuivre leurs études, de choisir une université et de faire le choix de vivre en français?», a de nouveau demandé Marie Sullivan.  

La CSLF a dit avoir compris le message, mais elle a ajouté: «Nous avons le pouvoir de prendre nos décisions, mais nous n’avons pas les ressources.  Si nous avions les ressources dont nous avons vraiment besoin, nous aurions l’équivalent de ce que les anglophones ont et l’on n’aurait pas peur de perdre nos élèves», a indiqué Émile Gallant, à la fin de la réunion.  

- Par Jacinthe Laforest

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