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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 5 décembre 2018
La branche prince-édouardienne de l’organisme «Canadian parents for french» (CPF) a fait paraître en novembre dernier son deuxième rapport sur l’état de l’éducation en français en langue seconde (FLS) à l’Île.  Il y est fait état d’améliorations depuis le premier rapport de 2017, mais aussi de stagnation au niveau des ressources académiques et extrascolaires. 

La création de ce rapport annuel est venue du constat que peu de données sont recueillies pour documenter l’évolution des cours de français de base ou des programmes d’immersion.  «Chaque année, un certain nombre d’élèves quittent ces programmes, mais on ne sait pas pourquoi parce qu’il n’y a pas de recherche à ce sujet», constate la Dre Mary MacPhee. 

Un échantillon de 100 enseignants et de directions d’école a été consulté pour ce deuxième rapport, permettant une meilleure compréhension des enjeux en FSL. 

Les points faibles demeurent sensiblement les mêmes que l’année dernière, soit le manque d’enseignant et le manque d’évaluation de leurs compétences en français, ainsi qu’un besoin de formation continue pour ces professeurs.  Aussi, plusieurs notent que les ressources éducatives ne sont pas forcément appropriées pour un programme de langue seconde, et que les élèves gagneraient à profiter d’activités en français à l’extérieur des salles de classe. 

Des problèmes connus

«Il n’y a pas de grande surprise, le recrutement et la rétention d’enseignants est une priorité pour nous, mais c’est un problème partout au Canada», témoigne René Hurtubise, directeur des programmes et services en français au ministère de l’Éducation, du Développement préscolaire et de la Culture. 

Celui-ci reconnaît également qu’il est plus difficile pour les élèves de garder leur motivation lorsqu’ils ne voient pas d’application concrète à leurs apprentissages.  «Pour rester, les élèves ont besoin de voir la pertinence et de pratiquer leur français dans des contextes authentiques.  On travaille à leur fournir des occasions de sortie, mais ça n’est pas toujours facile pour des raisons de sécurité et de budget, notamment», note René Hurtubise. 

Trop souvent, le français parlé dans les salles de classe des programmes d’immersion ou des cours de français de base est mis de côté dans la vie quotidienne des élèves.  «C’est dommage, parce que c’est en le parlant, que les élèves développent leur confiance», enchaîne le directeur des programmes en français.  Ce constat n’est pas sans rappeler la question de la sécurité linguistique, qui affecte plusieurs jeunes n’osant pas parler français par crainte d’être jugé ou par gêne. 

L’un des constats les plus navrants du second rapport est qu’un nombre élevé d’élèves décrochent des programmes de FLS.  Pour les cours de français de base, obligatoires pour tous les élèves de la 4e à la 9e année, c’est une grande majorité des étudiants qui abandonnent leur seconde langue, une fois rendus au secondaire : quelque 120 des 900 élèves choisissent de continuer en FLS.   

Tout de même du positif

Tout n’est pas noir, tiennent à préciser les intervenants.  Grâce à un nouveau programme mis en place graduellement depuis cinq ans, les enseignants profitent de nouvelles ressources comme des livres, des cahiers et autres matériels d’apprentissage qui sont appréciés au sein des écoles.  Des opportunités de développement, comme des conférences et davantage de soutien et de partage entre les professeurs, permettent aussi de renforcer les capacités des éducateurs. 

Les membres de CPF se réjouissent également que le test d’évaluation pour obtenir le diplôme d’études en langue française (DELF) soit rendu disponible aux élèves suivant les cours de français de base, alors qu’il était auparavant réservé aux élèves d’immersion.  «Pour les élèves qui suivent le cours jusqu’en 12e année, c’est très apprécié de pouvoir avoir une évaluation de leurs compétences linguistiques, et un diplôme de reconnaissance qui leur permet de progresser encore», souligne Mary MacPhee. 

«C’est certain qu’on aimerait tous avoir des classes plus petites, davantage de ressources, mais je pense qu’on a tout de même de très bons programmes de FLS à l’Île-du-Prince-Édouard, déclare René Hurtubise.  Et c’est toujours positif d’avoir des évaluations de nos organismes partenaires pour voir ce qu’on peut faire, avec le budget dont on dispose, évidemment».

Les auteurs du rapport doivent rencontrer des responsables du ministère de l’Éducation au mois de décembre pour faire état de leurs constats.  Ils espèrent notamment que davantage de données seront comptabilisées dans les années à venir, afin de mieux observer l’évolution des pratiques dans les programmes de FLS. 

- Par Ericka Muzzo

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