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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 26 octobre 2018


Dans l’optique de mieux cerner la demande de la communauté francophile de l’Î.-P.-É., la Coopérative d’intégration francophone (CIF) est actuellement en tournée dans plusieurs régions de l’Île.  En allant à la rencontre de la population, les instigateurs du projet espèrent identifier les besoins pour mieux adapter leurs services à ceux qui ont décidé de vivre en français à l’Île, un pari qui n’est pas gagné d’avance. 

L’initiative vise à renforcer les trois axes autour desquels travaille le CIF, organisme d’aide à l’établissement des nouveaux arrivants francophones : Accueillir, retenir et intégrer.  «Ici, on a coutume de dire que le français s’apprend, et que l’anglais s’attrape», lance Noëlla Richard, coordonnatrice du projet spécial. 

Quand on sait que la province compte environ 13 000 francophiles, on comprend que le potentiel est là, mais encore faut-il saisir l’occasion.  «Les élèves qui étudient en français, par exemple, on sait que cinq ans après l’école ils sont généralement devenus majoritairement anglophones.  Il est facile de laisser tomber le français, puisqu’il n’est pas nécessaire ici, mais souvent les gens regrettent après-coup», estime Mme Richard.

La directrice de la composante communautaire du Centre acadien de Prince-Ouest, Monique Arsenault, constate cette réalité au quotidien.  «Ici, on organise beaucoup d’activités pour les aînés.  Et quand ils sont entre eux, on les entend parler très bien français!» s’exclame-t-elle.  Par contre, avec nous, ils reviennent immédiatement à l’anglais parce qu’ils sont timides, ils n’ont plus confiance en leurs capacités», déplore Mme Arsenault. 

À lire aussi : Guide d’intégration pour les organismes francophones à l'Î.-P.-É.


À l’inverse, elle remarque aussi la fierté des grands-parents lorsque leurs petits-enfants apprennent à leur tour le français.  «Ils veulent revenir à leur langue maternelle, mais c’est difficile quand toute leur vie ils se sont fait dire que c’était l’anglais en public, et le français seulement en privé», enchaîne la directrice. 

La meilleure stratégie qu’ait trouvée le Centre, c’est d’encourager les discussions francophones dans le cadre d’activités.  Visite de la maison hantée de Kensington, cours de violon ou de guitare, toutes les raisons sont bonnes pour apprendre en s’amusant.  «On tente de créer un environnement où tous se sentent à l’aise de parler en français, sans gêne.  On a même créé un cours de “Survival French”, qui a été très populaire», explique Monique Arsenault. 

Accueillir, retenir, intégrer

L’idée du projet est aussi d’inciter les francophiles et les francophones à se faire ambassadeurs de la langue française.  «On a compris qu’il faut aller chercher les gens individuellement pour les amener à s’engager.  Une fois qu’ils se sentent inclus, eux-mêmes deviennent des leaders.  Les grands-parents, entre autres, font d’excellents ambassadeurs!», constate le consultant Jean-Guy Vienneau, embauché par la CIF pour réaliser un sondage et un guide d’intégration qui sera utile aux organismes francophones de l’Île. 

Ceux-ci peinent actuellement à trouver des candidats pour pourvoir leurs postes vacants.  «Le gouvernement fédéral a organisé des soirées de recrutement pour inciter les gens à postuler aux postes francophones.  Ce n’est pas normal!» se souvient Monique Arsenault.  Il y a pourtant des opportunités à saisir pour les francophiles.

Le Collège de l’Île a cette année enregistré un nombre record d’inscriptions, notamment grâce aux étudiants internationaux, de plus en plus nombreux à choisir l’Î.-P.-É.  Les gouvernements fédéral et provincial ont également annoncé plus tôt en octobre un investissement de 1,5 million pour attirer davantage d’étudiants d’ailleurs.  «Mais encore faut-il les retenir, nuance Noëlla Richard, et ça passe beaucoup par le cercle social qu’ils parviennent ou non à se forger».

Grâce aux données recueillies par le sondage, le CIF pourra brosser un portrait plus clair des francophiles de l’Île, et des meilleures manières de les intégrer.  Les outils mis sur pied permettront que chacun puisse, à sa manière, contribuer à l’évolution de la communauté acadienne et francophone. 

 



Les responsables du projet ont organisé une tournée dans plusieurs régions de l’Île. Quelques intéressés se sont présentés à la rencontre de Charlottetown, le mercredi 17 octobre, pour discuter des enjeux qui touchent les francophiles. À la droite, le consultant externe Jean-Guy Vienneau.  (Photo : E.M.)

- Par Ericka Muzzo

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