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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 18 juin 2018


Son visage et ses grandes paroles sont bien connus dans la communauté acadienne, francophone, et même la communauté anglophone de l’Île.  Il a œuvré auprès d’innombrables organismes, mettant toujours la justice sociale de l’avant et n’ayant jamais peur de se prononcer sur un enjeu de société.  Oui, il s’agit de Père Eddie Cormier, qui a célébré le 1er juin ses 50 années de service auprès de l’Église, mais surtout, auprès des plus démunis. 

Né de l’union de Glorice Cormier et Julitte Bernard en 1941, Eddie Cormier a grandi sur une petite ferme et est allé à l’école à Saint-Philippe.  C’est à 15 ans qu’il a quitté l’Île pour aller étudier à Chicoutimi, au Québec, en Études classiques, grâce à une bourse offerte par la Société Saint-Thomas-d’Aquin, avant d’obtenir son baccalauréat en théologie de l’Université Laval au grand séminaire d’Halifax.  À 27 ans, il a fait ses débuts à la paroisse de Summerside. 

Père Cormier a prêché l’Évangile derrière les autels de Tignish, Wellington, Baie-Egmont, Palmer Road, Mont-Carmel, et bien d’autres.  Comme curé, il était responsable de la gestion des paroisses, mais aussi de la mise sur pied de comités pour «appuyer les familles dans le cas d’une urgence, d’une maladie ou d’un feu par exemple, et pour l’enseignement de l’Évangile», raconte-t-il. 

La parole la plus chère aux yeux de Père Eddie est celle du grand maître de la théologie de la Libération, Gustavo Gutiérrez, celui qui a présenté la nécessité de libérer les pays pauvres de leur dépendance aux plus riches.  Ces inégalités sont à la base du mal social, enseignait le prêtre péruvien. 

«Gutiérrez applique l’Évangile à la vie d’aujourd’hui», explique Père Eddie.  «Parfois l’Évangile est présenté comme étant une récompense après la mort.  Mais le Salut, ce n’est pas seulement après la mort, c’est aujourd’hui, c’est pour la Paix, c’est pour l’Amour entre les humains.  Ça implique la façon dont on vit ensemble, c’est social». 

En entrevue avec La Voix acadienne, Père Eddie insiste.  «Bienheureux les pauvres, a dit le Christ.  Nous autres on pense que le succès c’est la richesse, que l’argent est une valeur sociale, tandis que l’enseignement chrétien ce n’est pas ça.  […] Dans notre société, souvent, on va juger les pauvres comme étant responsables de la pauvreté, tandis qu’ils sont vraiment des victimes». 

L’Amérique latine comme boussole 

Ce sentiment d’urgence envers les plus démunis lui est venu à travers ses lectures, mais également après une mission en République dominicaine avec la Latin American Mission Program (LAMP) du diocèse de Charlottetown, dans les années 1980.  Ce projet l’a marqué pour la vie. 

«On est allés là pour apprendre des pauvres, en support et en solidarité.  Et les pauvres nous ont dit : allez chez vous travailler à construire une société plus juste», explique-t-il calmement. 

Bien qu’il ait dû revenir au Canada après seulement deux ans pour soigner une tumeur qui s’était installée dans sa jambe droite, le prêtre a été guidé par ces paroles.  Malgré sa jambe artificielle et les douleurs fantômes qui l’assaillent, Père Eddie a toujours maintenu le cap sur son projet de société meilleure.  «Je ne suis pas aussi vite qu’avant, mais j’ai participé passablement, dit-il avec modestie.  Maintenant je suis limité, mais ce que je peux donner, je le fais». 

Aujourd’hui à la retraite, il s’engage auprès de l’Institut Cooper, un centre de recherche et d’éducation populaire sur la pauvreté, la justice, l’inclusion sociale.  Père Eddie est aussi président du Musée acadien de l’Î.-P.-É.  «Il faut regarder notre vie en profondeur, pas de façon superficielle.  C’est pour ça que je suis intéressé par l’histoire acadienne.  Disons que c’est pour aider les jeunes à se brancher, à bien se situer, à s’identifier à qui ils sont». Père Eddie a aussi été président de la SSTA pour deux mandats dans les années 1980 et 2000.

Lorsqu’il ne travaille pas sur la réduction de la pauvreté et la promotion de la culture acadienne à l’Île, Père Eddie est dans le Sud, en République dominicaine, durant les mois d’hiver.  Il parle l’espagnol et le latin et dit la messe tous les dimanches à une quarantaine de personnes dans un «barrio», un quartier près de Puerto Plata.

Celui qui a été nommé Acadien de l’année en 2004 lors de l’Exposition agricole et le Festival acadien de la région Évangéline pour son engagement communautaire n’est pas un prêtre comme les autres.  Il a fait de la vie communautaire et même politique samission, bien décidé à faire changer les choses.  «Je vois ça comme un appel de l’Évangile, de bâtir un monde plus juste, c’est une façon d’améliorer la situation, la communauté, notre société de l’Île, là où je suis.  Alors je donne un peu ma part».

Un prêtre aux idées progressistes 

Père Eddie transmet aux autres, à travers son engagement de l’Évangile, l’urgence de non seulement aimer son prochain, mais de poser des gestes concrets qui rendront le monde meilleur, quitte à même apparaître publiquement auprès de politiciens.  Père Eddie ne l’a jamais caché : il a sa carte de membre du Nouveau Parti Démocratique (NPD) et prend souvent position sur des enjeux à l’Î-P-É. 

«C’est peu commun pour un prêtre, mais moi je le fais parce que je veux des changements dans la société.  Ce sont les partis politiques qui ont le pouvoir de faire des changements importants», souligne-t-il.

Pour Père Eddie, même l’Église a du chemin à faire pour aider tous et toutes à mener une vie meilleure.  «Je pense que les femmes devraient avoir une voix plus forte dans l’Église, commence-t-il.  Elles devraient avoir le droit à l’ordination, de devenir prêtres elles aussi». 

Père Eddie prêche également pour le mariage optionnel pour le clergé, et pour une sexualité plus épanouie.  «La sexualité est une belle valeur humaine.  L’Église a rendu la sexualité comme un péché, mais lorsque c’est fait correctement, c’est une bonne chose», confie-t-il, avant d’ajouter : «Je regrette de ne pas avoir eu de partenaire, de ne pas avoir eu d’enfants.  C’est un sacrifice.  Il y en a beaucoup qui abandonnent pour ça.  C’est la gloire de Dieu qui m’a fait tenir jusqu’au bout». 

Aujourd’hui, le Père Cormier a ralenti ses activités.  Il cultive ses légumes dans son jardin à Abram-Village, et se donne le défi de sortir de la maison tous les jours.  Même s’il a pris sa retraite, il dit la messe aux deux semaines à la résidence Le Chez-Nous de Wellington et toutes les semaines à Abram-Village, ainsi qu’une fois par mois à Summerside.  Il lui arrive de remplacer à l’occasion des prêtres qui doivent s’absenter. 

Célébrations le 4 août 

Toute la communauté est invitée à rendre hommage à Père Eddie lors d’une messe qu’il offrira à l’église Mont-Carmel le 4 août, et qui sera suivie de célébrations au Centre Vanier, à Wellington.  Père Eddie récoltera à cette occasion des dons qui seront divisés en parties égales à deux organismes : le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et au Village des Sources L’étoile Filante, pour les jeunes. 

«C’est une invitation ouverte à tout le monde.  C’est une fête de remerciement pour tous les gens qui participent, d’une façon ou d’une autre, à des valeurs évangéliques.  Moi j’ai rencontré beaucoup de gens qui m’ont supporté, qui ont participé à la vie paroissiale et communautaire, j’ai beaucoup apprécié ça, alors j’espère que les gens vont se sentir à l’aise de venir remercier le bon Dieu avec moi», dit Père Eddie. 


Père Eddie Cormier a célébré le 1er juin son 50e anniversaire d’ordination.  En rencontre avec La Voix acadienne, il parle avec amour de sa vocation.
À quoi ressemble le paradis, Père Eddie?  «La parole du Christ n’a pas beaucoup décrit le paradis. Jésus a dit qu’on serait avec lui.  Moi je vois plus le paradis comme un état d’esprit.  Comme un état de pur bonheur et de joie». 

- Par Catherine Paquette

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