Le 21 juin 2017
Le lundi 12 juin, les ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux ont signé un accord historique à Ottawa qui permettra d’améliorer la vie des enfants et des familles du Canada.  Les gouvernements ont guidé l’élaboration du cadre, qui recevra un appui de 7,5 milliards de dollars en fonds fédéraux sur une période de 11 ans afin de créer et d’appuyer plus de services de garde abordables et de grande qualité d’un bout à l’autre du pays.

Le cadre favorise la responsabilisation, et exige que les provinces et les territoires établissent des cibles, identifient des indicateurs, recueillent des données et rendent compte chaque année des progrès réalisés.

Les provinces et les territoires prendront également part à un cadre distinct que le gouvernement du Canada élaborera en partenariat avec les peuples autochtones.  Il sera fondé sur les besoins culturels uniques. 

À l’Île-du-Prince-Édouard, les Autochtones ne sont pas les seuls à avoir des «besoins culturels uniques».  La communauté acadienne et francophone est aux prises avec un manque critique de ressources humaines et se heurte à des politiques gouvernementales qui sont mal adaptées aux réalités francophones en milieu minoritaire.  

Lors de l’assemblée annuelle du Conseil acadien de Rustico, qui avait justement lieu le 12 juin, la situation au centre de la petite enfance «Les P’tits Rayons de Soleil» a occupé une grande partie de la discussion, parce qu’elle a occupé une grande partie des activités de la dernière année.  

«Nous avons été très chanceux de trouver une nouvelle directrice qui est merveilleuse et que nous voulons garder, mais nous venons de perdre une autre employée.  Et c’est très difficile de trouver du personnel qualifié et francophone», a indiqué Andréa Deveau, directrice du Conseil acadien de Rustico, dans son rapport de l’année.  

Durant la réunion, plusieurs personnes ont déploré les salaires fixés par le gouvernement provincial, trop bas pour motiver des jeunes à choisir une carrière dans le domaine de la petite enfance.  

La situation minoritaire doit être prise en compte

En situation minoritaire, les éducateurs devraient même gagner plus, ont souligné plusieurs personnes, et disposer de plus de ressources, pour parvenir à offrir un environnement francophone capable de résister à la majorité anglophone.  

À plusieurs reprises durant la discussion, les gens ont dit espérer que l’entente fédérale provinciale signée plus tôt dans la journée, apporterait des solutions, notamment en ce qui concerne les salaires, en particulier 

«De tous les diplômés d’un programme de deux ans, les éducateurs et éducatrices en petite enfance sont les moins bien payés.  C’est une profession qui n’est pas valorisée du tout.  Comme les femmes sont très majoritaires dans ce secteur, elles sont les plus touchées par ce que je considère comme une injustice», a précisé Donald DesRoches, qui est le président du Conseil acadien de Rustico. 

Le travail d’éducatrice en CPE n’est pas valorisé

Dans son rapport annuel, Donald DesRoches a parlé des démarches du conseil auprès du conseil des établissements des services de garde pour obtenir plus de flexibilité dans l’interprétation des ratios fixés par la province.  

Sur le fait de cette discussion, le Conseil acadien de Rustico a adopté une proposition visant à obtenir du gouvernement une «politique spécifique et particulière aux CPE francophones, notamment en ce qui concerne la formation et les salaires, et tenant compte du fait qu’on est en situation minoritaire et qu’on est protégé par l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés».  

La question de la formation, soulignée dans cette proposition d’Edmond Richard, a interpelé Donald DesRoches, qui est le président du Collège de l’Île, l’institution qui offre le seul programme de formation en français en petite enfance à l’Île.  

«Le programme que nous avons est le même que celui enseigné en anglais.  On pourrait argumenter en faveur d’un programme mieux adapté aux exigences de notre réalité francophone», a-t-il commenté.  

La situation en petite enfance, à Rustico et dans d’autres régions, a fait l’objet de nombreuses démarches politiques durant la dernière année.  La Société Saint-Thomas-d’Aquin, la Commission scolaire de langue française et l’Association des CPE francophones ont fait du dossier une de leurs priorités, sans toutefois réussir à émouvoir le gouvernement provincial.  

Commissaire scolaire pour Rustico, Arthur Buote a tenu à souligner que les démarches de la CSLF au profit des CPF s’étaient heurtées au mur que représentait le ministre de l’Éducation, Doug Currie.  

Le président de la SSTA, Guy Labonté, a lui aussi mentionné que la SSTA avait présenté la gravité de la situation aux dirigeants politiques, sans résultats.  «Ça n’avance pas, mais ce n’est pas parce qu’on n’essaie pas», a indiqué Guy Labonté.  

Concernant la nouvelle entente qu’il venait juste de signer, le ministre de l’Éducation, du Développement préscolaire et de la Culture, Doug Currie, a indiqué qu’elle serait très avantageuse pour les enfants âgés de 0 à 4 ans et pour la croissance stratégique de notre secteur de la petite enfance.  «Elle nous permettra d’améliorer la qualité et d’étendre l’accès à des services de garde plus abordables et souples, tout en donnant davantage d’appui aux enfants qui en ont le plus besoin», a déclaré Doug Currie. D’ici les prochaines semaines, un accord bilatéral de trois ans sera finalisé entre le fédéral et le gouvernement provincial.  Cet accord donnera les détails du financement que l’Île-du-Prince-Édouard recevra et de comment il sera attribué.  

Le Conseil acadien de Rustico et l’ensemble des CPE francophones espèrent que les besoins des francophones seront pris en compte.  

- Par Jacinthe Laforest

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