Le 29 mars 2017

Décédé la semaine dernière, Francis C. Blanchard était l’un des derniers représentants de cette génération de bâtisseurs qui a défriché les sentiers politiques, éducatifs et linguistiques, afin que nous puissions y marcher à notre aise.  

C’est difficile de résumer l’œuvre d’une vie dans quelques lignes, surtout lorsque cette vie a été si bien remplie.  Francis Cyril Blanchard était le fils de J.-Henry Blanchard.  Tout au long de sa vie, Francis a porté un véritable culte à son père et à son œuvre.  Devenu lui-même féru d’histoire, Francis Blanchard peut se vanter d’avoir fait honneur à sa famille et à l’Acadie tout entière.  

«Il était un fier Acadien.  Il a toujours travaillé pour rehausser la fierté des siens», s’est exclamé Tilmon Gallant, qui a côtoyé assez longtemps Francis Blanchard pour savoir quelle perte sa disparition représente pour la communauté acadienne.  

«C’est certainement une grande perte.  Les connaissances qu’il avait étaient phénoménales.  Et il avait toujours la passion d’apprendre et la passion de l’enseignement», a indiqué Tilmon Gallant, qui travaillait au ministère de l’Éducation lorsque Francis Blanchard était enseignant, à l’emploi de l’ancienne commission scolaire anglophone de Charlottetown, «l’Unité 3».  

«C’est à lui qu’on a offert la direction de la toute nouvelle petite école française à Charlottetown, qui était dans un sous-sol d’église et qui n’avait même pas encore de nom.  D’ailleurs, si je me souviens bien, c’est Francis lui-même qui avait proposé le nom de François Buote, qui était le premier enseignant acadien natif de l’Île.  On pouvait compter sur Francis pour connaître son histoire acadienne», a raconté Tilmon Gallant.  

Sa carrière de 35 ans en enseignement, Francis Blanchard l’a menée tout en étant très actif dans sa communauté.  

Il a été président de la SSTA de 1981 à 1983.  C’était durant les années de l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés.  Dans un article publié dans La Voix acadienne en 1981, M. Blanchard disait que «la seule chose que nous accorde la Charte est le droit de revendiquer devant les tribunaux pour la reconnaissance de nos droits linguistiques dans le domaine de l’enseignement».  Il n’y a pas à dire, l’histoire lui a donné raison.  

Francis Blanchard a été à l’origine des démarches pour que Parcs Canada change le nom de Fort Amherst Port-LaJoye à Port-LaJoye Fort Amherst, le nom qu’on connaît maintenant.  Il a par ailleurs toujours porté ce site dans son cœur, car il a toujours maintenu des liens très étroits avec la grande famille des Haché-Gallant, dont il fait également partie.  

«Lorsque nous avons commencé nos démarches pour célébrer la fête des Gallant ici à l’île en 2019, il faisait partie du comité.  Mais après peu de temps, il avait dû abandonner.  Sa santé ne lui permettait plus de s’impliquer autant», s’est désolé Tilmon Gallant. 

La communauté de Rustico, en particulier la Banque des fermiers et la Maison Doucet, ont toujours pu compter sur l’enthousiasme de Francis Blanchard.  Il jubilait, le 3 avril 2004, lorsqu’enfin, le buste en bronze de Napoléon III a été dévoilé pour être intégré dans l’exposition permanente du Musée de la Banque des Fermiers.  Ce dévoilement couronnait quatre ans de démarches par Francis et les autres membres du comité responsable.  

Durant toute l’année 2004, le 400e anniversaire de l’Acadie, rappelons-le, Francis Blanchard a célébré ses origines acadiennes.  C’est cette année-là, le 8 mai, qu’au côté de Georges Arsenault et d’Antonine Maillet, il a reçu un doctorat Honoris Causa de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard.   

Voici ce que l’adresse en son honneur disait de lui à ce moment-là: «Au cours des 50 dernières années, Francis Blanchard n’a pas cessé de travailler vers l’accomplissement de sa mission et ce faisant, il a aidé à transformer la communauté acadienne et francophone de l’Île tout entière».

Parler d’un impact dans l’ensemble de l’Île n’est pas du tout exagéré.  Francis Blanchard a fait partie de nombreux projets de reconnaissance du patrimoine, à Prince-Ouest, à Charlottetown, à Rustico, et il a aussi des liens très étroits avec Summerside, où se situait le Centre J. Henri Blanchard et où se situe maintenant la bibliothèque publique et scolaire du même nom.   

Rappelons qu’en 1997, Francis Blanchard a reçu l’Ordre du mérite acadien de la Société Saint-Thomas-d’Aquin et qu’en 2007, il a été fait chevalier de l’Ordre des palmes académiques françaises, en même temps que Maria Bernard et que l’abbé Éloi Arsenault.   

Comme nous l’avons dit plus tôt, c’est difficile de résumer une vie aussi remplie.  Mais il faut aussi ajouter que Francis était marié avec Berthe DesRoches, originaire de Tignish.  Cette dernière habite depuis plusieurs années au foyer Beach Grove à Charlottetown, où Francis vivait également.  Michelle et Nicole, leurs filles, sont toutes deux très engagées dans le développement communautaire.  Nous leur offrons, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont connu et apprécié Francis Blanchard, nos plus sincères sympathies.  















- Par Jacinthe Laforest
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