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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard
Le 10 octobre 2018

Même si les vaches ne se préoccupent pas réellement de ce que leur lait va devenir, les producteurs et les transformateurs, eux, sentent qu’ils ont été sacrifiés par le fédéral pour conclure à tout prix un marché avec les États-Unis et le Mexique.   (Photo : J.L.)

Les producteurs laitiers du Canada n’ont pas mis longtemps à réagir aux modalités de l’accord avec les États-Unis et le Mexique qui, s’il est entériné, pourrait les affecter grandement.

C’est du moins ce que l’on comprend de la vive réaction de Pierre Lampron, président du regroupement des producteurs laitiers du Canada. 

«Notre gouvernement laisse non seulement notre modèle canadien se démanteler, mais il abandonne notre droit souverain de tirer profit de futurs accords commerciaux.  L’accès total concédé par le gouvernement fédéral au cours des dernières décennies était déjà désastreux, mais maintenant, nous (producteurs et transformateurs) ne pouvons même plus être compétitifs dans notre propre marché ni exporter des produits laitiers de grande qualité.  Le Canada a cédé aux Américains qui voulaient s’assurer de neutraliser la concurrence de nos produits sur les marchés mondiaux! Il n’y a plus de souveraineté au Canada», a indiqué Pierre Lampron dans un communiqué de presse. 

Dans une lettre ouverte diffusée le 2 octobre, Pierre Lampron a tenu des propos très durs à l’endroit du gouvernement de Justin Trudeau.  «En se levant le matin du 1er octobre, les producteurs laitiers canadiens ont réalisé que leur pire cauchemar était maintenant la dure réalité.  Après les avoir assurés à maintes reprises du contraire, le gouvernement Trudeau les a encore une fois sacrifiés sur l’autel de mauvaises négociations commerciales.  Face à une administration américaine qui préfère nous refiler son problème plutôt que de le régler elle-même, le gouvernement Trudeau n’a pas su se tenir debout et défendre les fermes laitières familiales et les produits laitiers de chez nous.  Pire encore, cet accord permettra aux Américains de nous dicter nos politiques laitières», a indiqué le président Lampron dans sa lettre à l’intention des médias. 

Le directeur général de la coopérative de transformation de lait ADL, à Summerside, Chad Mann, est déçu que le gouvernement canadien ait cédé ainsi devant les Américains.  «Selon ce nouvel accord, qui devrait entrer en vigueur en 2019, les Américains ont accès à une part de 2,6 % du marché canadien du lait.  Cela s’ajoute aux concessions faites dans le cadre du partenariat transpacifique (3,25 %) et l’accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne (UE) (3 %).  Tous ces accords sont survenus au cours des deux dernières années et ça fait beaucoup à encaisser pour nos producteurs et pour notre industrie», estime Chad Mann. 

Au Canada, la production laitière est régie par un système appelé la gestion de l’offre.  Ce système repose sur des quotas de gras laitier alloués aux producteurs dans une proportion qui permet de produire tout le lait nécessaire à la fabrication de fromage, de lait de consommation, de beurre, de crème et autres produits transformés que la population canadienne consomme sur une période donnée. 

«C’est un système qui fonctionne bien et dont on est très fier, mais si le gouvernement continue d’affaiblir notre système en accordant des parts de notre marché à l’international, cela pourrait perturber l’équilibre», a indiqué Chad Mann. 

Avec les concessions faites au cours des récentes années, environ 10 % des produits laitiers que les Canadiens consomment pourraient venir de l’extérieur.  Comme les Canadiens n’augmenteront pas leur consommation de 10 % pour absorber ce surplus, les producteurs canadiens vont perdre 10 % de leur quota.

Selon Chad Mann, la concession faite par Ottawa aura un impact négatif sur le Canada et n’aura aucun impact bénéfique pour les producteurs américains.  En plus, il est convaincu que l’injection de lait à faible prix sur le marché canadien ne se traduira pas par des baisses de prix pour les consommateurs. 

Le premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Wade MacLauchlan, s’est lui aussi porté à la défense de la gestion de l’offre, insistant sur les 165 agriculteurs, leur famille et leurs employés, ainsi que les transformateurs et tous les travailleurs de l’industrie, qui font partie du tissu social de l’Île. 

«Nous participons depuis le début à des négociations, et nous continuerons à défendre ardemment nos producteurs et transformateurs laitiers, en travaillant en étroite collaboration avec eux lorsque d’autres détails seront rendus publics», a dit le premier ministre, dans un communiqué de presse.  Son gouvernement, dit-il, a des préoccupations concernant les incidences possibles de l’accord sur l’industrie laitière de la province.  «Nous avons incité le gouvernement fédéral à agir rapidement pour créer des programmes de rajustement et à mettre en place des ressources pour atténuer tout effet négatif sur les producteurs et transformateurs laitiers de l’Île.  Nous demeurons résolus à travailler avec tous les producteurs et transformateurs, et à défendre avec vigueur notre industrie à tous les paliers de gouvernement.  Comme je l’ai mentionné cet été, les producteurs laitiers de l’Île ne sont pas responsables du discours de Donald Trump.  Nous continuerons d’appuyer nos producteurs laitiers pour nous assurer qu’ils sont traités équitablement», a insisté le premier ministre. 


Les producteurs laitiers de l’Île-du-Prince-Édouard ont manifesté leur mécontentement concernant les termes de l’accord États-Unis, Mexique et Canada le 30 septembre dernier.  Alors que le ministre fédéral de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Lawrence MacAulay, prévoyait faire une annonce dans son comté le vendredi 5 octobre, il a été accueilli par un grand nombre de producteurs et même quelques vaches.  (Photo : Gracieuseté)


Johnny Gallant est fier du lait que produit son troupeau.  (Photo : Brian Simpson)



- Par Jacinthe Laforest
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