Le 2 février 2018

Gilles Benoit, président de la CIF, Cyrille Simard, conférencier invité, Sonny Gallant, ministre de la Main-d’oeuvre et des Études supérieures, Martine Boivin, conférencière invitée, et Jacinthe Lemire, directrice générale de la CIF.

La Coopérative d’intégration francophone a convié ses partenaires à une journée de recherche de solutions pour inciter davantage de nouveaux arrivants francophones à s’établir dans les régions rurales de l’Île-du-Prince-Édouard, où se situe la plus grande partie de la communauté acadienne et francophone. 

Le forum «Soyons prêts pour une communauté francophone accueillante» a réuni environ 40 personnes, toutes intéressées à assurer, à plus ou moins long terme, la croissance de la collectivité de langue officielle française. 

Afin d’orienter les discussions et pour apporter un point de vue de l’extérieur, la CIF a invité entre autres Martine Boivin, qui a travaillé pendant huit ans pour Portes ouvertes sur le Lac, un organisme qui se spécialise dans l’accueil et l’établissement de personnes immigrantes en région.  La région du Lac-Saint-Jean, au Québec, a de grandes similitudes avec l’Île-du-Prince-Édouard. 

«Le grand message que je veux laisser aujourd’hui à l’Île-du-Prince-Édouard, c’est que l’immigration en milieu rural, ça demande l’engagement de tous les groupes et des décideurs.  Il faut le savoir: établir et retenir des immigrants en milieu rural coûte plus cher que dans les grands centres», a insisté Martine Boivin, en entrevue. 

Selon elle, l’immigration se fait naturellement dans les grands centres.  Si les immigrants aboutissent dans les villes, ce n’est pas nécessairement par choix.  Souvent, ces personnes viennent de communautés rurales et pourraient être heureuses ailleurs que dans une ville.  Il faut donc faire des efforts supplémentaires et déployer des ressources pour aller chercher les immigrants dans les villes, et les faire graviter vers les communautés rurales. 

«Ça prend des sous, et ça prend aussi l’engagement de tous les paliers de gouvernements et de décision.  Et en bout du compte, même si ça coûte cher, ça rapporte aussi beaucoup aux communautés rurales.  Ça rapporte aux écoles, aux équipes de hockey, aux paroisses.  C’est vrai qu’en immigration rurale, les difficultés apparaissent vites, mais les bénéfices apparaissent aussi très rapidement», a promis Martine Boivin. 

Le Forum «Soyons prêts» réunissait des personnes très impliquées sur le terrain, mais aucune ne faisait partie d’une minorité visible.  Martine Boivin a remarqué cela.  «Nous avons besoin qu’ils nous disent comment ils ont besoin d’être accueillis.  C’est eux nos experts, nous devons les intégrer dans la conversation.  Ce n’est pas une critique, c’est une recommandation pour la suite des choses», a indiqué Mme Boivin. 

Parmi les bribes de sagesse que Martine Boivin a partagées avec les participants au forum, elle a souligné l’importance de ne pas se limiter à l’aspect économique et à l’emploi.  Pour diverses raisons, explique-t-elle, on finit par négliger les femmes dans nos efforts d’intégration.  L’homme a l’emploi, les enfants ont l’école et la femme elle, qu’est-ce qu’elle a? Elle est essentielle à la réussite de l’intégration.  Elle fait passer les besoins de sa famille avant les siens, elle néglige son avancement professionnel et son réseau de contacts et au bout d’un an, de deux ans, elle se sent moins apte à retourner sur le marché du travail. 

Toutes ces considérations doivent être prises en compte dans la préparation des milieux d’accueil pour favoriser une meilleure intégration des nouveaux arrivants, le rôle que les municipalités peuvent y jouer et les bonnes pratiques instaurées ailleurs au pays et c’est justement ce à quoi servait le Forum. 

Les défis sont grands : logement, transport, recrutement, sensibilisation et éducation publics, etc.  Pour aider les participants à trouver des réponses à ces problématiques et discuter de leur expérience et des solutions à mettre en place à l’avenir, ils ont discuté en petits groupes. 

Cyrille Simard a été PDG de Diversis, une firme d’experts-conseils sur divers dossiers, notamment, l’intégration francophone.  Selon lui, la première question qu’il faut se poser lorsqu’on s’engage dans des efforts pour accueillir des immigrants est: pourquoi? 

Les raisons peuvent varier d’une personne à l’autre.  Veut-on remplir nos écoles? Veut-on trouver des employés pour un secteur en particulier? Veut-on au contraire, des nouvelles entreprises pour diversifier l’économie? Veut-on augmenter le nombre de parlant français? Que veut-on accomplir par l’immigration?   C’est essentiel, selon Cyrille Simard, de se poser la question.   

«Nous sommes très satisfaits de notre forum, et de la participation des gens.  À la toute fin, nous avons invité les participants à identifier au moins une action qu’ils allaient faire au cours des neuf prochains mois pour améliorer l’accueil et l’intégration des nouveaux arrivants francophones dans notre province.  Et peu importe que ce soit petit ou grand, nous allons suivre les progrès et les efforts», a indiqué Jacinthe Lemire, directrice générale de la CIF. 


Lors du forum «Soyons prêts» le vendredi 26 janvier à Summerside.

- Par Jacinthe Laforest

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