Le 3 octobre 2017

Anastasia DesRoches (au centre) s’entretient avec la sénatrice Raymonde Gagné du dossier préscolaire tandis qu’une employée du Sénat enregistre l’entretien pour des dossiers.


Si on devait identifier une seule raison pour laquelle le Comité sénatorial permanent sur les langues officielles devait venir à l’Île-du-Prince-Édouard la semaine dernière, ce serait pour entendre le cri du cœur de la Fédération des parents de l’Î.-P.-É., tel que véhiculé par la directrice générale de l’organisme, Anastasia DesRoches, lors des audiences publiques du vendredi 22 septembre. 

«Nous avons une grande pénurie d’éducateurs et d’éducatrices dans nos centres.  Les listes d’attentes que cela cause sont un frein au développement de la communauté francophone à l’Île, et représentent une source de stress injuste pour les familles francophones, un stress auquel les familles anglophones ne sont pas confrontées», a insisté Anastasia DesRoches. 

Pour illustrer son propos, elle a exposé les difficultés concrètes que plusieurs familles rencontrent. 

Dans la famille no 1, où les deux parents ont des carrières, l’aîné est en maternelle et le bébé a un an.  Par chance, Bébé a eu une place à la pouponnière juste à temps pour que maman retourne au travail.  Par contre, le soulagement a été de courte durée, car le centre de la petite enfance a soudainement perdu trois éducatrices.  Quel groupe sera coupé : la pouponnière ou le service de garde après classe que l’aîné fréquente? Et quelles seront les conséquences pour cette famille et les options que les parents devront considérer?

Dans la famille no 2, maman travaille et papa est en réorientation de carrière.  L’aînée, 4 ans, est dans un service de garde, mais il n’y a pas de place pour le bébé de 2 ans.  Papa était inscrit au collège et il a dû remettre son projet à plus tard pour rester à la maison et procurer un environnement francophone aux enfants. 

Dans la famille no 3, les deux parents sont des professionnels et ils ont trois enfants.  Les deux aînés sont à l’école et Bébé a un an.  Si Bébé a eu une place à la pouponnière, ce n’est guère «par chance», mais parce que la famille a retenu la place en payant l’équivalent du service chaque mois, alors que Maman était à la maison.  En plus d’occasionner de grands frais pour cette famille, la place «retenue» est restée vide et a privé du service une autre famille.

Les difficultés que ces trois familles traversent ne sont que quelques exemples des situations causées par le manque de ressources humaines en petite enfance.  Les membres du comité sénatorial qui ont écouté ces histoires ont été touchés, mais leurs questions subséquentes ont prouvé qu’ils n’avaient pas saisi les raisons profondes de cette pénurie.  Ils ont demandé si ce serait possible pour les CPE de se tourner vers les provinces voisines pour recruter des éducateurs et des éducatrices. 

À cette question, Anastasia DesRoches a répondu promptement que les salaires pratiqués à l’Île étaient au minimum de 5 $ l’heure inférieurs à ceux payés au Nouveau-Brunswick et la marge entre l’Île-du-Prince-Édouard et le Québec, est encore plus grande. 

«Personne ne veut venir ici pour travailler en petite enfance.  Les personnes que nous recrutons ne restent pas, et avec raison, étant donné le salaire qui ne correspond nullement à la charge de travail et à l’importance du domaine de la petite enfance pour soutenir le développement de notre communauté de langue officielle», a insisté Anastasia DesRoches. 

Une des démarches qui pourraient mettre le dossier sur la bonne voie serait que les parents soient reconnus comme «ayants droit» dès la naissance de leur enfant, plutôt que de se voir octroyer ce titre, magiquement, lorsque l’enfant commence l’école. 

«Comment se fait-il que le droit des parents à un système francophone ne soit reconnu que lorsque l’enfant atteint l’âge scolaire? Comment pouvons-nous à ce point négliger l’importance du développement langagier et culturel de nos enfants durant leurs années de petite enfance, la période la plus importante dans le développement de l’enfant?» s’est-elle indignée. 

Anastasia DesRoches n’était pas le seul témoin à comparaître devant le comité sénatorial pour parler d’éducation.  Il y avait aussi Paul Cyr, représentant la Commission scolaire de langue française de l’Î.-P.-É. (CSLF), Gail Lecky, représentant Canadian Parents for French (CPF) et René Hurtubise, du ministère de l’Éducation, du Développement préscolaire et de la Culture. 


Gail Lecky (représentant CPF), Paul Cyr (représentant la CSLF), Claudette Tardif (présidente du comité sénatorial permanent des langues officielles) et René Hurtubise (ministère de l’Éducation, du Développement préscolaire et de la Culture).

- Par Jacinthe Laforest

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